Trump an II : l’année du recul ?
Depuis six mois, en dépit de ses déclarations triomphales, le président américain a essuyé échec sur échec. Prélude à un retrait général ?
Donald Trump est abonné au Guinness des records. Cette semaine, avec son discours sur l’état de l’Union d’une heure et quarante-sept minutes, il a battu Bill Clinton, jusque-là tenant du titre. « Notre pays gagne à nouveau. En fait, on gagne tellement qu’on ne sait plus tellement quoi faire de cela ». Ce monologue d’autosatisfaction peut prêter à sourire, le chambardement est pourtant bien réel.
Nous voici à l’an II du mandat de Donald Trump.
Reculades en série sur l’immigration, le Groenland, les droits de douane
L’année a plutôt mal débuté. Début janvier, deux manifestants opposés aux rafles anti-immigrés, Renée Good et Alex Pretti, tombent sous les balles d’agents fédéraux à Minneapolis. Trois semaines plus tard, l’indignation devant les bavures des fédéraux et l’incarcération de milliers de migrants suscitent des cortèges dans plusieurs grandes villes. La Maison-Blanche annonce le retrait des troupes de l’immigration le 12 février. Un revers sévère pour Trump qui a placé au cœur de son programme la lutte contre les migrants clandestins, en faisant toujours le lien avec la sécurité en zone urbaine.
Le 26 janvier à Davos, Trump opère une volte-face spectaculaire sur le Groenland qu’il voulait annexer sans discussion. Une crise de l’OTAN sans précédent couvait depuis l’été. La colère des Danois, appuyée par la solidarité des Européens vis-à-vis de Copenhague et les conseils du patron de l’OTAN, Mark Rutte, sont à l’origine de la reculade du milliardaire républicain. Ainsi Trump a trouvé une première limite à sa volonté impériale.
Le 20 février, la Cour suprême annule les décisions de la Maison-Blanche qui avait imposé à la planète des hausses spectaculaires de droits de douane. Trump répliquait avec une bordée d’injures à l’adresse de la plus haute cour de justice du pays. Puis il est revenu à la charge avec de nouvelles mesures – 15 % d’augmentation appliquée de manière uniforme –, confirmant ainsi son immense mépris pour la Constitution et les contre-pouvoirs.
Ukraine et Proche-Orient : l’impasse diplomatique
Il reste peu de chose des premières gesticulations flamboyantes du nouveau président en 2025. Sauf ceci : les lubies du milliardaire républicain ont déboussolé tous les alliés des États-Unis. Pour le reste, les deux conflits majeurs du moment – l’agression russe en Ukraine, l’affrontement entre Israël et les Palestiniens – se sont perdus dans le brouillard de la guerre.
Sur l’Ukraine, combien de réunions dans les pays du Golfe, à Genève, Mar-a-Lago, en Alaska ? Au final, un bluff monumental. Aujourd’hui tout le monde a compris que Poutine dictera son tempo jusqu’au bout. Mais en coulisse, Washington et Moscou discutent déjà de partenariats économiques pour le jour d’après. Une diplomatie clandestine où l’on parle pétrole et minerais rares dans le sous-sol russe est en cours. Dans un cynisme absolu, les envoyés spéciaux du Kremlin se servent de cette guerre meurtrière pour obtenir de la part de Washington des clauses très favorables pour de futurs contrats.
Au Proche-Orient, le cessez-le-feu avec le Hamas à Gaza ressemble à un mirage. L’enclave palestinienne est fragmentée, les islamistes n’ont pas été désarmés, Tsahal occupe la bande côtière. Le plan Trump est en suspens, le conflit s’est déplacé en Cisjordanie.
Mi-mandat et repli sur la politique intérieure
Après la triple reculade de janvier, février, et l’impasse sur les deux crises internationales non résolues, Trump vient de prononcer un discours sur l’état de l’Union qui ressemblait fort à un appel électoral. Il a les yeux rivés sur le scrutin de novembre, ces élections de mi-mandat qui, comme le veut la tradition, sont perdues d’avance par le parti présidentiel. Un charcutage électoral est déjà en cours dans certains « swing states ». Trump veut aussi modifier les conditions du vote, imposer des papiers d’identité, voir des permis de conduire, pour éliminer une partie des votants issus de la communauté latino.
Un recentrage de la présidence Trump sur la politique intérieure apparaîtra peut-être comme un repli après les foucades intempestives des premières heures. Si l’on considère le projet Trump comme une révolution conservatrice radicale, visant à briser l’ordre international, à défaire l’État de droit aux États-Unis, une comparaison avec l’ultime séquence de la période révolutionnaire française, très précisément l’époque Thermidor – chute de Robespierre, fin de la Terreur – pourrait fournir une clé pour interpréter la seconde partie du mandat Trump. La Convention thermidorienne a débouché en effet sur un régime bourgeois conservateur menant au Directoire.
Bien sûr, l’hypothèse d’un recentrage n’est qu’une piste. Trump peut encore se cacher une nouvelle fois dans le brouillard de la guerre en lançant ses forces sur l’Iran des mollahs pour faire diversion et prendre le risque de perdre encore davantage le soutien de sa base électorale MAGA. Dans cette hypothèse, l’ouragan Trump n’aura été qu’une pure entreprise de démolition idéologique au service d’une ploutocratie.



