Trump contre les trumpistes
Y aurait-il une justice ? Les frasques imbéciles et méprisantes de Donald Trump servent ses opposants à l’étranger, et même aux États-Unis. Mais il ne faut pas se rassurer pour autant…
Elle a raison, Blanche Léridon, directrice éditoriale de l’Institut Montaigne, qui s’exprime dans Le Monde : les chefs d’État ou de gouvernement attaqués le plus violemment par Donald Trump en tirent des bénéfices politiques et leurs opposants trumpistes s’en trouvent affaiblis.
Le milliardaire de la Maison-Blanche veut faire du Canada le 51ème état américain : contre tous les sondages qui le donnaient battu il y a quelques semaines, le libéral Mark Carney, qui a fait campagne contre l’impérialisme trumpien, l’emporte face à Pierre Poilièvre, conservateur réputé proche du président américain, largement favori au départ.
Donald Trump humilie en direct Volodymyr Zelenski dans le bureau ovale : le président ukrainien connaît un spectaculaire regain de popularité dans son pays, les alliés de l’Ukraine resserrent les rangs et l’armée ukrainienne continue de défier la puissance russe. Les efforts de l’envoyé de la Maison-Blanche pour obtenir la paix promise par Trump se soldent par de grotesques palinodies, d’où il ressort que Poutine balade à sa guise la diplomatie américaine en dépit des honteuses concessions que celle-ci a consenties pour amadouer le Kremlin.
La guerre commerciale lancée par Trump s’attaque à l’Australie : le travailliste Anthony Albanese bat son adversaire plus ou moins trumpiste Peter Dutton – celui-ci avait qualifié Trump de « grand penseur » – alors qu’on prévoyait sa défaite après un mandat difficile. Les droits de douane imposés par les États-Unis ont joué leur rôle, mais aussi le rejet du style Trump par une majorité des électeurs australiens.
Aux États-Unis même, la cote de popularité Donald Trump après cent jours est la plus basse enregistrée depuis un siècle par un président et les démocrates commencent à redresser la tête. Un peu partout, en tout cas, les leaders de l’extrême-droite populiste se retrouvent déstabilisés par les foucades et les extravagances de celui qu’ils tiennent – ou tenaient – pour un modèle en politique.
Ce qui ne suffit pas, loin de là, à inverser une tendance profonde. En Grande-Bretagne, le parti nationaliste de Nigel Faraje, Reform UK, remporte un net succès dans les élections locales ; en Roumanie, l’extrême-droite se retrouve en tête dans le premier tour de l’élection présidentielle. La vague continue de monter, même si elle reflue ici ou là sous l’influence de Donald Trump. Ce qui pose une question angoissante : faut-il que les peuples soient frappés directement par les errements démagogiques du populisme pour qu’ils en mesurent les dangers ? Si tel est le cas, nous ne sommes pas tirés d’affaire.



