Trump du Capitole à Maduro
L’assaut du Capitole en janvier 2021 n’était pas un accident, mais un avertissement. La capture de Maduro s’inscrit dans une même logique de passage en force, de mensonge et de mépris des règles, de Washington à Caracas, et peut-être bientôt ailleurs.
Les décisions les plus extrêmes de Trump sont souvent analysées sous un angle idéologique. La capture de Maduro ou les menaces sur le Groenland seraient ainsi des mises en application de la nouvelle doctrine stratégique que Trump, le roi du branding, a rebaptisé « doctrine Donroe ». Cette grille de lecture idéologique n’est pas sans fondement, mais elle minimise la dimension centrale qu’est la personnalité de Trump. Trois axes permettent de la définir efficacement : l’enfant roi qu’il n’a jamais cessé d’être, son approche mafieuse et affairiste, et le mensonge comme mode opératoire.
Frustré lors de son premier mandat par les « adultes dans la pièce », Trump a choisi de s’entourer de sycophantes obséquieux et incompétents pour son retour aux affaires. Une garde rapprochée avant tout soucieuse de contenter son patron à qui ils doivent tout. Enfant roi comblé par un entourage lui passant tout et disposant de l’armée la plus puissante du monde, il n’hésite pas à recourir à la coercition et à la force pour parvenir à ses fins, tel un parrain de la mafia.
Maduro : hubris et passage en force
Le mensonge, omniprésent chez Trump, lui permet de justifier ses actions, en particulier auprès de sa base électorale et de l’opinion publique américaine. Dans le cas de la capture de Maduro, l’argument du trafic de drogue a servi de couverture pour faire de cette intervention une simple opération de police ne demandant pas l’aval du Congrès. Ce mensonge a été très vite exposé par Trump lui-même, qui devait finir par admettre l’importance du pétrole dans sa décision de capturer Maduro, président dictateur, qui pourrait bien voir son régime détestable lui survivre en échange d’accommodements avec Trump, notamment sur le pétrole.
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L’hubris, le culte de la force et le mensonge sont les traits de caractère qui lui ont permis de réussir dans les affaires, puis de remporter la présidence à deux reprises, avec un réel succès puisque Trump a gagné de nouveaux électeurs entre ses trois candidatures, passant de 63 millions d’électeurs en 2016 à 77 millions en 2024. Il y a cinq ans, le 6 janvier 2021, des nervis d’extrême droite prenaient d’assaut le Capitole pour empêcher la certification de Joe Biden, élu président deux mois plus tôt, à l’instigation de Donald Trump. Beaucoup d’observateurs avaient cru pouvoir enterrer sa carrière politique après cette tentative de coup d’État… Elle aura, au contraire, été la matrice de son retour et de sa nouvelle présidence, délestée de tout respect des règles. Revenu à la Maison-Blanche en 2025, Trump impose sans vergogne une présidence qui prend d’assaut la démocratie, les institutions américaines et l’ordre international.
Alimentée par le mensonge, la prise du Capitole le 6 janvier 2021 marquait l’incapacité de Trump à accepter une réalité contraire à ses desiderata, et sa volonté de recourir à la violence pour obtenir satisfaction. Tous ces ingrédients ont été à l’œuvre dans la capture de Maduro. Cette intervention, aussi satisfaisante soit-elle à court terme, est le dernier caprice d’un enfant roi qui menace pour parvenir à ses fins, et pour qui l’interdit n’existe pas plus aux États-Unis que dans le reste du monde. Car Trump ne s’arrêtera que si des limites claires lui sont imposées.



