Trump en échec : Zelensky et l’Europe en première ligne
Le fiasco essuyé par Trump en Alaska fait retomber sur les Européens la difficile tâche de négocier avec Poutine. Lequel ne cesse de marquer des points.
Il suffisait de regarder sa tête, on a tout de suite compris. Donald Trump a mal pris son échec devant Vladimir Poutine. Lèvres crispées en arrivant sur la base américaine d’Andrew près de Washington, il déclare sèchement que la balle est désormais dans le camp de Zelensky. Pour le président ukrainien, nul besoin de compte rendu officiel, il avait eu sa réponse dans la nuit avec les 85 drones qui se sont abattus sur son pays.
« Si je n’étais pas président, Poutine voudrait prendre toute l’Ukraine. Mais je suis président et il ne fera pas le malin avec moi », Donald Trump était trop sûr de lui vingt-quatre heures avant son départ. On ne sait même pas si les discussions d’Anchorage ont atteint le stade du « donnant-donnant » en ce qui concerne les frontières. L’étape suivante s’écrira à Washington, lundi 18 août, où Zelensky, fort de l’appui européen, va tenter de reprendre la main.
Pour masquer l’échec retentissant qu’il vient de subir devant le maître du Kremlin, Trump, en effet, vient de renvoyer à Kiev le soin de trouver un accord avec Moscou. Il a déjà oublié que tous les appels à la paix lancés d’Ukraine sont restés lettre morte.
De son côté, dans son commentaire sur sa rencontre écourtée avec Trump, Poutine n’a pas manqué de souligner qu’un règlement durable de la crise implique que « toutes les causes profondes de la crise doivent être éliminées ». Voilà donc les mots clefs du réquisitoire russe qui reviennent. On les connaît par cœur ces « causes profondes ». Bien avant l’arrivée de Trump au pouvoir elles étaient déjà là pour justifier le déclenchement « de l’opération militaire spéciale » contre Kiev : l’élargissement de l’Otan à l’Ukraine est une menace existentielle pour la Russie, il faut établir un « équilibre équitable » pour la sécurité en Europe. Comprendre : Kiev doit renoncer à sa souveraineté politique, sa marche vers l’Union Européenne est interdite par un veto du Kremlin.
Le « débriefing » post Alaska qui a eu lieu entre Européens avec Emmanuel Macron, l’anglais Keir Starmer, Ursula von der Leyen et le secrétaire général de l’Otan Marc Rutte, a permis d’aligner les positions. Dans un texte commun, ils se disent « prêts à travailler avec les Présidents Trump et Zelensky en vue d’un sommet trilatéral (avec Poutine) », ils réaffirment que « l’Ukraine doit bénéficier de garanties de sécurité inébranlables pour défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale ».
Cette question des garanties de sécurité agite le cercle des dirigeants européens. Si l’on en croit une source diplomatique anonyme citée par l’AFP, Washington aurait proposé à l’Ukraine une forme sécurité proche de celle de l’article 5 de l’Otan, sans adhésion formelle à l’Alliance atlantique. Clef de voûte de l’Alliance, l’article 5 instaure une solidarité mutuelle envers n’importe lequel de ses membres qui viendrait à être attaqué.
Une proposition qui s’en approche a été formulée par Trump lors de son échange samedi avec Zelensky, puis reprise lors des appels suivants avec les responsables européens. Le première ministre italienne, Giorgia Meloni, a confirmé que le président américain en avait parlé, rappelant qu’elle y est favorable.
En fait, tout dépend de ce que l’on entend par clauses de sécurité pour garantir l’indépendance de l’Ukraine. Ce qu’évoque la cheffe du gouvernement italien s’approche plutôt de la position russe, qui consiste à faire de Kiev une sorte « d’état tampon » avec l’Alliance atlantique. Autant dire une neutralité à sens unique qui ne permet pas d’assurer la souveraineté complète de l’Ukraine. Au passage, rien ne dit que Poutine, qui s’oppose à l’Otan, accepterait que l’indépendance effective de Kiev soit garantie par Bruxelles. C’est oublier en effet son rejet de l’Occident et les menaces à peine voilées proférées par ses plus proches conseillers contre les pays baltes.
Ces échanges autour des garanties de sécurité et de l’Otan ne sont qu’un ballon d’essai. Sans doute assiste-t-on déjà aux premières concessions consenties par Trump en faveur de Moscou. L’échec de Trump en Alaska a remis Poutine en selle, au cœur de sa diplomatie guerrière. Comme toujours, il a le temps pour lui, ses troupes avancent dans le Donbass.
Quelle sera la posture de Trump devant Zelensky lundi dans le bureau ovale ? Va-t-il défendre les lignes rouges de Poutine ? Tordre le bras à Zelensky, comme en février dernier avec une séance d’humiliation ? On saura alors si sa colère récente contre Poutine qui « tue les gens » n’était que du bluff. On verra de quel côté de l’Histoire il se range.



