Trump en guerre contre la planète
Le président américain choisit de faire l’autruche sur le thème pourtant crucial du réchauffement climatique. L’absence des États-Unis à la COP30, du 10 au 21 novembre, limitera terriblement la portée de ses résultats. L’urgence écologique, elle, attendra.
Pourquoi se déplacer pour « un canular » ? C’est en ces termes que Donald Trump qualifie les thèses qui accréditent le changement climatique, de façon encore plus véhémente aujourd’hui que lors de son premier mandat. La COP30 au Brésil se tiendra donc sans les États-Unis.
Après avoir fait sortir, pour la deuxième fois, son pays des accords de Paris de 2015 dès son investiture à la Maison-Blanche en janvier 2025, il a sonné la relance des forages pétroliers à grand renfort de publicité (« drill, baby, drill » ; « fore, baby, fore ») pour inonder le marché américain d’or noir alors que les États-Unis en sont redevenus les premiers producteurs mondiaux.
Porte-voix autoproclamé des charlatans antisciences qui contestent la fiabilité des recherches et la mise en application des connaissances, Donald Trump dénonce une conspiration des scientifiques sur le climat. Évacuée, l’urgence climatique ! Ainsi, fort de son postulat sur le climat, rien ne s’oppose plus à brûler en chœur toujours plus d’hydrocarbures pour faire bénéficier les entreprises américaines d’une énergie bon marché (quatre fois moins chère outre-Atlantique qu’en France) et les rendre plus compétitives. Les compagnies pétrolières relancent sans complexe leurs investissements dans l’extraction pétrolière. Tout pour le business, rien que le business !
Par la même occasion, le président américain s’en est pris aux éoliennes et à la promotion des voitures électriques, tout comme il a réduit les ressources financières et humaines des agences fédérales chargées du climat, rappelle l’association Citepa. Au point que, à l’occasion de la dernière session plénière du GIEC en Chine en mars dernier, il a empêché la délégation américaine d’y participer, et fait renvoyer des scientifiques de la NASA en laissant Elon Musk fermer, sous couvert d’économies, plusieurs bureaux consacrés au climat et aux stratégies à adopter. Certains États américains ou grandes métropoles restent sensibilisés. Mais sans l’aiguillon fédéral, la motivation faiblit.
Même si, après la défection des États-Unis, il reste plus de 190 pays signataires de l’accord de Paris, l’absence du deuxième plus gros pollueur de la planète, avec 12,6% des émissions de dioxyde de carbone en 2021, est forcément lourde de conséquence. Certes, la Chine est encore plus pollueuse avec 33% des émission mondiales de CO2 la même année, selon le site Statista. Car même si Pékin est en pointe sur le développement des énergies éoliennes et photovoltaïques, le charbon est encore à l’origine de 60% de la production d’électricité. Mais quand la Chine progresse vers la transition énergétique, les États-Unis régressent.
Depuis le début de l’ère industrielle, les États-Unis seraient responsables à eux-seuls de 20% du total des émissions. Ce qui leur confère aujourd’hui une responsabilité évidente dans la prise en considération du phénomène, ce que Donald Trump veut ignorer. Le désengagement de Washington est d’autant plus préjudiciable qu’il fournit à d’autres pays signataires de l’accord de Paris ou opérateurs industriels une raison de se démobiliser pour réduire leurs propres émissions. Même l’Union européenne, pourtant aux avant-postes avec un tiers de pollution en moins depuis 1990 et deux fois moins d’émissions polluantes aujourd’hui que les États-Unis, est en retard sur ses objectifs de baisse de 55% en 2030 et de neutralité carbone en 2050. Pour faire bonne figure à Belem, ses membres sont parvenus in extremis à s’entendre sur un objectif de réduction des émissions allant de 66,3% à 72,5% par rapport au niveau de 1990, d’ici à 2035.
La trajectoire n’est déjà plus la bonne. Les scientifiques estiment que, pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, il conviendrait de réduire les émissions de 60% d’ici à 2035. Mais selon l’Observatoire de l‘action climatique, les émissions de gaz à effet de serre des 50 pays membres de l’OCDE étaient de 8% supérieures au niveau requis en 2023. Et au rythme actuel, ce seuil de 1,5° devrait être dépassé dès la fin de cette décennie… pour un résultat bien au-delà des 2° à la fin du siècle. Pour la France, on serait plutôt autour de +4° en 2100, a anticipé le gouvernement en mars dernier.



