Trump en rêvait, la BBC l’a fait

par Clément Barry |  publié le 13/11/2025

Le président américain n’a pas besoin des autres pour se parer de ridicule et faire preuve d’autoritarisme. La BBC a pourtant jugé bon de manipuler grossièrement ses propos pour le discréditer. Une faute majeure que l’intéressé ne manque pas d’exploiter.

Le directeur général de la BBC, Tim Davie, à son arrivée à la New Broadcasting House à Londres, le 11 novembre 2025. M. Davie a démissionné dimanche suite au montage d'un discours de Donald Trump diffusé dans l'émission phare de la BBC, Panorama. (Photo : Ilyas Tayfun Salci / Anadolu via AFP)

Le scandale révélé par le quotidien conservateur The Daily Telegraph ne désenfle pas outre-Manche : la BBC a sciemment monté et manipulé des images issues de différents moments d’une prise de parole de Donald Trump. L’objectif : laisser penser qu’il s’agissait d’une seule et même phrase, dans laquelle il aurait encouragé directement les émeutes du Capitole de janvier 2021.

Le quotidien publie le contenu de plusieurs notes rédigées par Michael Prescott, ancien conseiller externe indépendant du comité des normes éditoriales de la chaîne, qui a quitté ses fonctions en juin 2025. « Le montage diffusé était totalement trompeur », déplore-t-il notamment.

Au mois d’octobre 2024, quelques jours avant l’élection présidentielle américaine, la chaîne britannique diffuse un épisode de son programme Panorama intitulé « Trump : A Second Chance ? ». Y est utilisé un premier extrait, issu d’un discours prononcé par Trump le 6 janvier 2021, jour de l’assaut du Capitole.

En regardant le documentaire, les téléspectateurs de la BBC ont pu entendre Trump prononcer cette phrase : « Nous allons marcher vers le Capitole. Et je serai avec vous. Nous nous battons. Nous nous battons comme des diables ».

Donald Trump, qui venait de perdre l’élection présidentielle de 2020 face à Joe Biden, avait en fait tenu les propos suivants : « Nous allons marcher vers le Capitole, et nous allons encourager nos courageux sénateurs et représentants et représentantes au Congrès ». Avant d’ajouter, presque une heure plus tard dans le même discours : « Nous nous battons comme des diables ».

Face à l’ampleur de la polémique engendrée par cette manipulation des propos du président américain, le directeur général de la BBC, Tim Davie, et la directrice de la chaîne d’information du groupe, BBC News, Déborah Turness, ont démissionné le 9 novembre.

La ministre britannique de la Culture, Lisa Nandy, a quant à elle estimé qu’il s’agissait d’une situation « extrêmement grave », précisant s’être entretenue immédiatement avec le patron du groupe audiovisuel public, Samir Shah.

L’occasion était trop belle pour le président américain, qui n’a pas manqué de rebondir sur la polémique. Fidèle à sa culture de la surenchère, Donald Trump menace désormais la chaîne britannique d’une action en justice, lui réclamant potentiellement … entre 1 et 5 milliards de dollars de dommages et intérêts, rien que ça. « Je pense que j’ai l’obligation de le faire parce qu’on ne peut pas permettre aux gens de faire cela », a-t-il déclaré sur Fox News le 11 novembre.

Dans un paysage informationnel déjà fragilisé par les fausses informations partout dans le monde, la BBC aurait été bien inspirée de rester fidèle à la réputation de rigueur et de sérieux journalistique dont elle jouissait jusqu’à la semaine dernière. La chaîne devra maintenant mener un travail d’introspection profond pour redorer son blason et retrouver sa crédibilité.

Clément Barry