Trump et l’Afrique : America first !

par Jean-Paul de Gaudemar |  publié le 16/05/2025

Donald Trump a longtemps prétendu se désintéresser de l’Afrique. Mais en réalité il est prêt à y « dealer », là comme ailleurs, surtout si un profit quelconque est à portée de mains.

Donald Trump à Abu Dhabi, le 16 mai 2025. (Photo de Giuseppe Cacace / AFP)

Le 25 avril dernier, le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, se trouvait à Washington, entouré des deux ministres des affaires étrangères congolais et rwandais pour annoncer la signature d’un accord prochain entre les deux parties au sujet du conflit au Kivu. L’événement n’était pas vraiment inattendu.

Après les médiations infructueuses suscitées par l’Union Africaine de l’Angola puis du Togo, le Qatar avait en premier su réunir à la même table Félix Tshisekedi, le président congolais et Paul Kagamé, le président rwandais. En effet, le 18 mars dernier, L’émir Al-Thani avait s’était imposé face à deux présidents qui ne peuvent guère lui refuser quoi que ce soit, étant donnés les investissements du Qatar dans leurs pays respectifs. Mais en « back office » les Américains étaient déjà à la manœuvre, tant le Kivu regorge de minerais stratégiques. La récente visite à Kinshasa de Massad Boulos, le conseiller Afrique de Trump en atteste.

À Doha, les discussions s’étaient poursuivies avec un tour de table s’élargissant et remettant les États-Unis au centre du jeu, jusqu’à cette image presque triomphante de Marco Rubio reprenant la main sur le Qatar, l’allié fidèle.

Le projet d’accord annoncé et désormais attendu par Washington, y compris comme preuve de son habileté diplomatique, comporte deux points principaux.

Le premier énonce le principe de non-ingérence réciproque. Clause évidente si la fin du conflit est souhaitée puisqu’il signifie clairement que le Rwanda renoncera au soutien du M23 et que réciproquement la RDC ne soutiendra plus les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé en grande partie d’anciens génocidaires.

Le second point est bien plus flou. Il évoque en effet la possibilité de faire de la zone de conflit (probablement tout ou partie du Kivu) une zone économique spéciale dans laquelle des « partenariats » transparents permettraient des coopérations inédites avec des sociétés privées. Bref, une zone de libre-échange et de co-gestion public-privé dont on voit encore mal le profil, mais dont on devine qu’elle constituera une aubaine pour nombre de sociétés privées dans l’exploitation des ressources naturelles du pays, dont l’hydroélectricité et la gestion des parcs.

À la tête de ces sociétés, Trump et Rubio verraient bien des entreprises américaines. D’où l’intérêt majeur qu’ils portent désormais à la conclusion d’un tel accord. L’ouverture ainsi faite par Tshisekedi est très large, tant le flou est grand sur les conséquences. On comprend ainsi la protestation exprimée, non seulement par l’opposition congolaise, mais également par une partie de l’élite de la société civile, dénonçant le risque de voir le Kivu concédé à des sociétés étrangères et à une exploitation abusive amputant la RDC d’une partie de son territoire.

Il ne s’agit certes que d’un pré-accord dont rien n’indique encore qu’il débouchera positivement, mais à travers lui, il est difficile de ne pas voir où va la priorité des parties et des États-Unis : celle de l’exploitation des ressources naturelles. Les millions de réfugiés concernés devront attendre un peu pour connaître leur sort et savoir qui assurera leur sécurité…

America first !

Jean-Paul de Gaudemar

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