Trump et les migrants-émissaires

par Laurent Joffrin |  publié le 09/06/2025

Le président américain fait appel à la garde nationale pour « ramener l’ordre » à Los Angeles. Totalement inutile, cette mesure a d’abord pour objet de masquer son échec calamiteux dans les autres domaines.

Laurent Joffrin

Quand un président est élu en accusant sérieusement les immigrés haïtiens de « manger des chiens et des chats », tout devient possible matière de politique migratoire. On le constate une nouvelle fois avec les incidents de ces derniers jours à Los Angeles.

Les autorités ayant reçu l’ordre d’expulser massivement les migrants sans papiers, au besoin par des méthodes particulièrement musclées, et en foulant aux pieds les règles légales minimales qui protègent les étrangers, des manifestations de solidarité ont eu lieu dans certains quartiers hispaniques de Los Angeles. Ces réactions, parfois violentes, ont été contenues sans grandes difficultés par la police locale qui a dispersé les manifestants et procédé à des interpellations.

Dans un pays normal, l’affaire se serait arrêtée là. Mais pas dans l’Amérique de Trump. Flairant le bon coup médiatique, le président américain a aussitôt fait appel à la garde nationale, de sa propre initiative, sans que les élus de Californie l’aient le moins du monde demandé. Son ministre de la Défense a ajouté qu’il était prêt, au besoin, à déployer les marines dans les quartiers concernés.

Cette dramatisation volontaire et grotesque n’a qu’un seul objet : non de résoudre un problème réel (la police s’en charge), mais de ramener sur le devant de la scène la question de l’immigration clandestine, qui fut pendant la campagne d’un des thèmes les plus efficaces de la rhétorique MAGA. On comprend bien pourquoi : sur tous les autres fronts, l’action de Donald Trump depuis son élection se solde par un fiasco retentissant.

Politique étrangère ? La guerre continue en Ukraine (elle devait s’arrêter en 24 heures), et à Gaza (où Netanyahou se lance dans une épuration ethnique honteuse qui ne résoudra rien). Les alliés historiques des États-Unis sont déstabilisés tandis que leurs ennemis se frottent les mains. Politique économique ? Le chaos des droits de douane menace l’économie américaine qui ralentit à vue d’œil tandis que la croissance mondiale marque le pas. Politique environnementale ? Comme annoncé, la lutte pour le climat recule partout et le réchauffement menace plus que jamais l’avenir de l’humanité. Politique éducative ? La peur rôde dans les universités américaines menacées de mise au pas idéologique et de diète financière, tandis que les étudiants étrangers sont invités à déguerpir.

Reste donc l’immigration, panacée électorale de toutes les extrêmes-droites. Les expulsions en cours amélioreront-elles le sort de la population américaine ? Non. Le chômage reste bas et les immigrés occupent des emplois dont les Américains ne veulent pas ; quant à la délinquance, elle continuera comme devant, car elle est avant tout le résultat des inégalités sociales et urbaines aux États-Unis et non le fait de sans-papiers dont les études montrent qu’ils sont plutôt moins délinquants que la moyenne de la population américaine la plus pauvre, ce qui fait que leur expulsion ne changera pas grand-chose aux chiffres de la criminalité.

La secte MAGA n’en a cure. Vivant dans une réalité alternative, elle tient contre toute raison les sans-papiers pour une armée de criminels dangereux décidée à envahir le pays. En s’attaquant à eux, Trump assouvit les fantasmes de son électorat au lieu de résoudre ses problèmes. Mais cette vaste légion de crétins, shootée au nationalisme à front bas, ne s’en aperçoit pas.

Laurent Joffrin