Trump : gouverner par la purge

par Sébastien Lévi |  publié le 01/10/2025

Dans la spirale continuelle des atteintes à la démocratie outre-Atlantique, l’inculpation de l’ancien directeur du FBI Jim Comey marque une escalade qui rapproche de plus en plus les États-Unis d’une république bananière. Trump ne gouverne pas, il règle ses comptes.

Donald Trump s'adresse aux médias à sa sortie de la Maison Blanche, le 26 septembre 2025. Sous la pression de Trump, le ministère de la Justice a inculpé l'ancien directeur du FBI, James Comey, pour fausses déclarations et obstruction à une procédure parlementaire liée à l'enquête sur les affaires russes de septembre 2020. (Photo de Kevin Dietsch / Getty Images via AFP)

Les électeurs avaient pourtant été avertis. Lors de la campagne électorale de 2024, Kamala Harris avait prévenu les américains qu’en cas d’élection de Donald Trump, le milliardaire arriverait à la Maison-Blanche avec une liste d’ennemis plutôt qu’avec un programme. Loin de démentir cette affirmation, l’intéressé s’est même présenté comme le candidat de la vengeance, devenant le représentant autoproclamé d’électeurs « grugés par le système ». En bon narcissique, il pensait surtout à venger sa propre personne contre ses ennemis, figures de différents contrepouvoirs : anciens procureurs ayant instruit contre lui, journalistes ou opposants politiques.

Libéré de toute contrainte, avec un cabinet à sa main reposant sur la loyauté et non la compétence, Trump peut mettre ses menaces à exécution depuis son retour dans le bureau ovale, et il s’y emploie méthodiquement.

Le 21 septembre, il a ainsi publiquement appelé sa ministre de la Justice à accélérer les procédures contre ses ennemis, avec un post sur X qui aurait pu constituer un motif de destitution à lui tout seul à une autre époque, s’il avait été envoyé par le biais d’un message privé et dévoilé par la presse. Sans surprise, la ministre de la Justice s’est exécutée et a donc annoncé 4 jours plus tard l’inculpation de Jim Comey, ancien patron du FBI de 2013 à 2017. Dans le même temps, le procureur de l’État de Virginie, qui refusait d’inculper sans fondement la procureure générale de New York, a démissionné pour être remplacé par un successeur plus docile. Au même moment, une enquête a été diligentée sur l’organisation de George Soros, l’Open Society, qui soutient les mouvements libéraux et démocratiques dans le monde.

Il est tout à fait symbolique que les premières cibles officielles soient les deux incarnations du mal pour la base électorale MAGA : l’État profond et le mondialisme. Jim Comey est l’incarnation du « deep state », cet État profond honni. Il n’avait pas disculpé Trump dans le dossier de l’ingérence russe lors de sa campagne et avait donc entaché sa victoire, péché impardonnable pour ce dernier. Quant à George Soros, il est l’ennemi de la droite illibérale aux États-Unis et dans le reste du monde depuis des années avec sa fondation Open Society. Sa judéité est un élément à charge supplémentaire pour la branche complotiste et antisémite de cette droite qui voit dans ce Juif milliardaire le deus ex machina des « conquêtes du wokisme » dans le monde.

Le trumpisme est d’abord un ressentiment personnel, que le président milliardaire présente comme la revanche des petits contre les gros, dans ce qui est peut-être la plus grande escroquerie de sa carrière. Son désaveu de la veuve de Charlie Kirk, qui appelait au pardon de l’assassin de son mari, n’est pas un accident mais incarne le cœur même du trumpisme, la haine des ennemis et le rejet de l’unité nationale. À ce jour, le principal bilan de Trump, très soucieux de combler sa base, se résume à ses attaques contre ses ennemis : la presse, les universités ou le multilatéralisme.

Dans ce cadre toujours plus répressif, la décision de Trump de transformer des villes en terrains d’entraînement pour l’armée, qu’il pousse à débarrasser l’Amérique des « ennemis de l’intérieur » ne doit laisser aucun doute sur ses intentions : outre une république bananière, c’est bel et bien un régime autoritaire qui se met en place aux États-Unis.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis