Trump hanté par le fantôme d’Epstein
Tentaculaire et sans fin, l’affaire Epstein angoisse de plus en plus la Maison-Blanche. Pour la faire oublier, Trump est prêt aux diversions les plus ignobles.
Le locataire de la Maison-Blanche enjoint ses interlocuteurs de tourner la page. Il est si désespéré qu’il prend désormais la défense des Clinton, dont il ne souhaite pas la comparution au Congrès alors que ce couple est l’ennemi archétypal de ses électeurs, plus encore que les Obama ou les Biden. De toute évidence, Trump craint les révélations des Clinton au Congrès contre lui, et aussi le précédent que cela pourrait créer après son départ de la Maison-Blanche. Il voit surtout, dans la possible comparution des Clinton, un rebondissement majeur de cette affaire et l’assurance qu’elle restera à la une des journaux, ce qu’il veut éviter à tout prix.
Ce nouveau volet de l’affaire intervient à un moment particulièrement difficile pour Trump, avec une inflation qui demeure forte et une vague de licenciements massifs. Le déficit commercial explose, démontant ainsi toute la « logique » de sa vision économique, qui visait à créer de l’emploi industriel, réduire les importations et le déficit commercial avec des droits de douane élevés et un dollar faible.
Élu sur une promesse de vengeance contre les élites corrompues, abîmé par sa proximité avec Epstein, et sur la prospérité économique, Trump voit aujourd’hui sa cote de popularité chuter, tout au moins chez les indépendants et les Républicains « classiques ». La complexité de l’affaire Epstein, son aspect tentaculaire avec désormais une dimension internationale et des noms de personnalités jetés en pâture sont une première échappatoire pour Trump. Ce dernier pourrait ainsi jouer la carte du confusionnisme, en multipliant les déclassifications afin que cette affaire ne devienne intraitable par sa complexité. Il pourrait aussi tenter de transformer cette affaire de mœurs qui le concerne en un dossier d’influence, d’espionnage et de financements de partis politiques, aiguillant opportunément les regards vers cet aspect de l’affaire.
Provocations, diversion et séquence médiatique
Incapable de reprendre la main sur l’économie, il reste au président américain une autre carte : détourner l’attention de cette affaire en multipliant les provocations ou les initiatives baroques, voire les coups de folie.
C’est à cette aune qu’on peut interpréter la diffusion de la vidéo raciste postée par Trump le 5 février, montrant les Obama en singes. Cette image raciste concluait une vidéo conspirationniste sur la « fraude » des élections de 2020, qui sert de toile de fond et de narratif préparatoire au sabotage probable des prochaines élections.
Il est à craindre que des saillies de ce genre se multiplient. Dans un raccourci saisissant qui dit l’immoralité intrinsèque du trumpisme, l’intéressé laisse libre cours à son racisme, son complotisme et son rejet des règles démocratiques pour détourner l’attention sur ses turpitudes morales. Par la même occasion, il ressoude autour de lui sa base la plus extrémiste et souvent la plus heurtée par les révélations sordides de l’affaire Epstein à son sujet. Il est somme toute assez logique que Trump et Epstein, unis par le cynisme, l’immoralité et la cupidité, aient été si proches pendant si longtemps.



