Trump : j’aurais voulu être un fasciste…
Le locataire de la Maison Blanche assume sans détour son attrait pour un autoritarisme décomplexé. Certes récurrentes, ses déclarations provocatrices sont tout sauf anodines : elles menacent le système électoral du pays, socle de la démocratie américaine.
Au hasard d’une déclaration à l’emporte-pièce dont lui seul a le secret, Trump a estimé que « beaucoup de gens » souhaiteraient voir un dictateur a la tête des États-Unis. L’intéressé, qui avait déjà évoqué son intention d’être un « dictateur pour un jour » lors de la campagne de 2024, n’a jamais caché son admiration pour les « hommes forts » capables de « tenir leur pays » et de rester en poste aussi longtemps qu’ils le souhaiteraient.
Trump entend passer à l’action dans ce domaine. Outre la mise à mal des contrepouvoirs, de la Justice aux universités, en passant par la presse ou les institutions scientifiques, il a décidé de s’attaquer aux élections, le cœur même de la démocratie américaine.
L’organisation des élections est du ressort des États mais cela n’empêche pas Trump de s’en mêler. Il a ainsi poussé le Texas à redécouper ses circonscriptions pour « apporter 5 sièges de plus » aux Républicains et ainsi espérer gagner les élections intermédiaires en 2026. Ces derniers jours, il est allé plus loin en s’attaquant à deux piliers éléments centraux des élections aux États-Unis : la carte d’électeur et le vote par correspondance.
Il n’existe pas de carte d’identité aux États-Unis, et une carte d’électeur sans lien avec un document d’identité avec une photo est suffisant pour voter. Bien que les cas de fraude soient très limités, Trump, et avec lui le Parti républicain, souhaitent modifier cette pratique. Ils veulent exiger la présentation d’un document d’identité avec photo, c’est-à-dire de facto un permis de conduire, que les jeunes, les minorités et les pauvres possèdent moins que la moyenne. L’objectif est ici évident : empêcher ces électeurs, plutôt démocrates, de voter en les sortant des listes électorales.
Mais la mère des batailles pour Trump est le vote par correspondance, sa véritable idée fixe, presque aussi importante à ses yeux que l’immigration ou les droits de douane. Une obsession symptomatique du « Big Lie », ce grand mensonge de l’élection de 2020 qui lui aurait été volée, à cause du vote par correspondance massif lors de ce scrutin ayant eu lieu pendant le COVID.
Le jour du vote n’est pas férié aux États-Unis, dans un pays avec peu de jours de congés. Pour les électeurs les plus pauvres, qui jonglent parfois avec deux emplois, le vote par correspondance est crucial, en particulier dans le sud du pays avec peu de bureaux de vote où il faut attendre des heures pour voter. Pour tous, et notamment les plus jeunes, il est une facilité offerte pour favoriser la participation, en hausse lors des dernières élections.
Mais pour Trump et le Parti républicain, dont le travail de sape contre le vote par correspondance leur assure de bons résultats le jour du vote, l’objectif est de compliquer le vote pour des populations qui leur sont moins favorables, en le rendant moins accessible.
Discréditer le vote par correspondance permet ainsi à Trump de faire coup double : réhabiliter son égo froissé par sa défaite de 2020 dont il peut mettre en doute la légitimité, et affaiblir les Démocrates en 2026 et 2028, avec le soutien d’un Parti républicain complice dans cette manœuvre grossièrement antidémocratique.



