Trump : la girouette impériale

par Pierre Benoit |  publié le 26/10/2025

Ce fut la semaine des avertissements, et il y en a eu pour tout le monde. Depuis son premier vrai succès – un cessez-le-feu à Gaza – Donald Trump se sent pousser des ailes, sans qu’on sache quel vent il suivra.

Le président américain Donald Trump serre la main du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et s'entretient avec lui à la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 13 octobre 2025, après l'accord de cessez-le-feu à Gaza négocié par le président américain. (photo SAUL LOEB / POOL / AFP)

Le premier avertissement visait celui qui s’y attendait le moins : Vladimir Poutine. Sans préavis, le président républicain a annoncé mercredi qu’il allait sanctionner les deux plus grosses compagnies pétrolières russes, la société privée Lukoil et le groupe d’état Rosneft. Ces deux mastodontes totalisent à eux seuls 55% de la commercialisation du pétrole russe.

Trump a expliqué que cette mesure visait à forcer la Russie à « devenir raisonnable ». Une semaine auparavant, il avait eu Poutine au téléphone. Apparemment confiant, il déclarait en recevant Zelensky, « je pense que le président Poutine veut mettre fin à la guerre ». Il considère maintenant qu’il n’en est rien, la rencontre qu’il devait avoir lieu à Budapest, chez le russophile Viktor Urban, est annulée: « Je ne vais pas perdre monde temps. J’ai toujours eu une excellente relation avec Vladimir Poutine, mais cela a été très décevant ».

Bien sûr, personne n’a claqué la porte. Le secrétaire d’état Marco Rubio a tempéré : « nous serons toujours intéressés par le dialogue ». Il n’empêche, Trump qui venait de refuser de livrer des missiles de croisière Tomahawk à Zelensky, est allé plus loin que Biden sur ce dossier. Son prédécesseur démocrate avait sanctionné des compagnies de moindre importance comme Gazprom.

Dans la même semaine, la seconde mise en garde de l’administration Trump est venu du président J.D. Vance. À son départ de Jérusalem, ce dernier a mis les pieds dans le plat en soulignant le caractère « contre-productif » d’un récent vote de la Knesset qui ouvrait la voie à l’annexion de la Cisjordanie. Agacé, Netanyahou a répliqué sèchement : « nous ne sommes pas un protectorat des États-Unis ».

L’administration Trump n’a pas oublié comment un premier cessez-le-feu avait été rompu en mars dernier par le premier ministre israélien alors que Washington négociait déjà avec le Hamas via le truchement du Qatar. De là à penser que la méfiance est de mise… Pour réussir la seconde phase du plan Trump, les Américains doivent parvenir au désarmement du Hamas qui domine toujours la scène politique sur l’enclave palestinienne.

Une première avant-garde de quelque deux cents soldats américains est déjà à pied d’œuvre dans la bourgade de Kiryat Gat, sur la frontière de l’enclave. Elle a été rejointe par quelques britanniques et des officiers français, pour assurer la protection de la future équipe de transition. Pour l’instant le Hamas semble jouer le jeu, son négociateur en chef Khalil Al Hayya assure qu’il remettra « l’ensemble du contrôle administratif de Gaza au comité temporaire ».

Samedi, en quittant Israël, le secrétaire d’état Marco Rubio a souligné que « le plan à long terme, c’est que toute la bande de Gaza soit démilitarisée ». On en est loin. Netanyahou vient de rejeter la présence de militaires turcs dans la force intérimaire. Le Hamas, de son côté, ne veut remettre ses armes à d’autres qu’à des Palestiniens. Des deux côtés, les capacités de blocage sont redoutables. L’avertissement de J.D. Vance prouve que Washington va mettre le paquet pour réussir. Netanyahou ne peut plus se cacher derrière le chantage de l’extrême-droite suprémaciste pour sauver sa peau ou faire capoter le processus en cours.

Le troisième avertissement s’appelle Gerald Ford. C’est le nom du plus grand-porte avion au monde. Sur ordre de Donald Trump, le navire croise au sud de la Caraïbe, à portée de canons de n’importe quelle ville côtière du Venezuela. Le président Maduro a pris la menace à la légère en répondant qu’il disposait de 5000 missiles aériens livrés pas les Russes. Au passage Trump vient d’élargir sa cible à la Colombie du président de gauche Gustavo Petro dont le pays est lui aussi accusé d’être au cœur des narcotrafics.

Tel le lapin d’Alice aux pays des merveilles, Trump court toujours… après son prix Nobel de la paix. En route pour l’Asie il vient de cosigner un accord de paix entre le Cambodge et la Thaïlande sur lequel il n’a joué aucun rôle. Dans sa diplomatie sommaire, les « faibles », doivent se soumettre devant le président milliardaire. Vis-à-vis des autres, seul le rapport de force compte. La bataille décisive aura lieu avec la Chine. Premier round, jeudi : Trump a un rendez-vous crucial avec Xi Jinping.

Pierre Benoit