Trump : le désastre climatique

par Laurent Joffrin |  publié le 20/01/2026

On en parle moins mais c’est l’une des conséquences les plus graves de la politique trumpiste à l’oeuvre depuis un an : la relance délibérée des émissions de gaz à effet de serre par l’économie américaine. Un fléau qui dépasse largement le cadre des États-Unis.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Dixit Donald Trump, cité par Le Monde dans un papier édifiant consacré aux conséquences environnementales de la relance de l’extraction pétrolière au Venezuela : « Nous allons extraire des quantités de pétrole comme peu de gens en ont vu. » Juste alerte ! Les réserves vénézuéliennes sont en effet constituées de brut « extra-lourd » dont la mise au jour se changera en calamité climatique. Le pétrole de l’Orénoque est difficile à extraire et exige pour ce faire une quantité phénoménale d’énergie ; cette opération entraîne, aux dires des experts, de larges fuites de méthane, un gaz particulièrement néfaste.

États-Unis : « drill, baby, drill ! » et retour des émissions

Ce n’est que le dernier en date des méfaits écologiques dont se rend coupable l’administration Trump. L’économie américaine est la première au monde. Ainsi la plaisante injonction de l’Ubu de la Maison-Blanche – « drill, baby, drill ! » (« fore, bébé, fore ! »), aura des conséquences massives sur le dérèglement climatique. Rien d’étonnant. Les dingos du mouvement MAGA considèrent que le réchauffement est une invention farfelue de l’internationale bobo-wokiste décidée à régenter le mode de vie des vrais Américains. Au nom de cet obscurantisme arrogant, le président a retiré son pays de l’Accord de Paris sur le climat et jeté par-dessus les moulins toutes les précautions écologiques laborieusement instaurées par ses prédécesseurs. Les émissions de GES yankee ont donc repris de plus belle, au mépris de toute responsabilité planétaire.

Effet mondial : avantage compétitif et renoncement climatique

Cet effroyable exemple aura des conséquences mondiales. En s’affranchissant de toute contrainte écologique, l’économie américaine prend mécaniquement un avantage compétitif redoutable sur ses concurrentes. Elle y gagne une énergie bon marché, polluante mais en quantité phénoménale, qui abaisse ses coûts de production. Elle se débarrasse des normes environnementales contraignantes dont l’Europe et la Chine se sont dotées, au risque de prendre dans la compétition mondiale un avantage supplémentaire et décisif.

Avec un dangereux effet indirect. Dans l’esprit faussement pragmatique des dirigeants mondiaux, un raisonnement cynique peut cheminer subrepticement : si la lutte contre le réchauffement est décidément perdue d’avance à cause de la défection américaine, pourquoi continuer à se battre avec une main liée dans le dos ? Comme dirait Sarkozy, « l’écologie, ça commence à bien faire ». Dès lors plutôt que de sacrifier encore et toujours à l’impératif climatique, on plaidera pour « l’adaptation » au réchauffement, plutôt que pour son atténuation. Au risque de déclencher un mécanisme cumulatif incontrôlable au tournant des années 2050. Tel sera peut-être l’héritage le plus nuisible des folies MAGA.

Laurent Joffrin