Trump, le maître fou des horloges
Après avoir reporté la date butoir des négociations avec l’Union européenne au 1er août, Trump semble couper court à tout échange en annonçant des droits de douane de 30% applicables à cette date. La confiance est durablement entamée.
Trump ne négocie pas, il torpille. Le président américain avait repoussé au 1er août la date butoir des négociations sur les nouveaux droits de douane avec l’Union européenne. Il vient de faire table rase de ces propositions en annonçant un taux de 30%, deux semaines avant la fin de la partie.
Au départ, la date couperet des négociations avait été fixée au 9 avril, avant d’être reportée au 9 juillet… puis au 1er août. Après avoir unilatéralement et sans concertation préalable fait exploser l’édifice des relations commerciales et menacé d’imposer des droits de douane de 50% sur tous les produits en provenance de l’UE, le président américain continuait d’en agiter la menace mais se plaisait à jouer le rôle de maître des horloges. Et voilà que, redéfinissant les règles du jeu sans considération aucune pour ses interlocuteurs, il annonce via son réseau social un taux de 30% fixé arbitrairement par la partie américaine avant la date butoir. Comme pour le Mexique à la même date, tandis que le Canada devra composer avec une hausse de 35%, et le Brésil de 50%.
Après tant de de manigances et de péripéties, quel crédit accorder à cette conclusion en queue de poisson ? Nouvel oukase ou ultime relance ? Pour les exportateurs européens – tout comme pour les importateurs américains d’ailleurs – l’incertitude est de rigueur et les affaires s’en ressentent. Samedi, les bourses européennes et américaines, viraient au rouge après l’annonce du président américain. L’Union européenne campait sur ses positions qui consistaient à accepter une hausse des droits de douane de 10%, d’ores et déjà appliquée, mais pas plus. Cela alors que les Etats-Unis font supporter à ce jour des droits de douane de 25% sur les importations de voitures européennes, et de 50% sur l’acier. Washington répliquait en faisant toujours planer l’épée de Damoclès des 50%, et les négociations se poursuivaient secteur par secteur.
Quelle confiance accorder pour l’avenir à un partenaire aussi versatile, qui ne respecte pas ses engagements et traite son allié comme un ennemi économique? Existe-t-il une continuité de l’Etat dans un pays où un président défait à sa guise ce que ses prédécesseurs ont négocié ? Faut-il passer outre la mauvaise foi d’un argumentaire américain qui oublie volontairement le poids des services des échanges entre l’UE et les Etats-Unis, mais se souvient qu’ils existent lorsqu’il conteste le droit des pays de l’UE de créer une taxe contre les GAFAM, champions de l’évasion fiscale ? Car s’il est vrai que l’UE exporte plus de biens aux États-Unis (500 milliards d’euros) qu’elle n’en importe (350 milliards), le différentiel n’est plus que d’une cinquantaine de milliards de dollars lorsqu’on intègre les services dans la balance (400 milliards d’euros pour les États-Unis, 300 milliards pour l’UE). Une arithmétique que Donald Trump préfère oublier pour chauffer à blanc ses partisans, quitte à tomber dans la post-vérité. Est-ce un ami, celui qui ne serre la main de son principal partenaire commercial que pour lui tordre le bras en proférant un mensonge ?
Sans compter que l’ami en question est dans une situation économique qui justifierait d’un peu moins d’arrogance : sa dette publique a atteint l’an dernier la barre stratosphérique de 36.000 milliards de dollars, et va encore augmenter de quelque 3400 milliards sur les dix prochaines années après l’adoption du « One Big Beautiful Bill » – la loi budgétaire américaine adoptée grâce aux pressions exercées contre des élus républicains réfractaires – le 3 juillet dernier, veille de la fête de l’Indépendance. Cette adoption que Donald Trump présente comme une grande victoire alourdira encore une dette représntant 122% du PIB américain, un pourcentage qui ferait coiffer l’Oncle Sam d’un bonnet d’âne s’il était comparé aux résultats des économies européennes. Un vrai talon d’Achille pour le pays le plus puissant de la planète, qui devrait inciter l’Europe à prendre ses distances d’avec les Etats-Unis, au cas où cette imprudence financière dégénérerait en crise globale.
En attendant, deux urgences s’imposent à l’Union européenne : se positionner dans ce bras de fer, et s’organiser face aux exportations chinoises qui, se trouvant contraintes aux États-Unis, vont chercher de nouveaux débouchés dans une Europe attractive parce que solvable. La souveraineté industrielle qui a récemment servi de boussole aux membres de l’UE n’en sera que plus difficile à atteindre.



