Trump, l’enfant pourri gâté de la Maison Blanche

par Sébastien Lévi |  publié le 06/06/2025

Alors que la polémique prend de l’ampleur en France au sujet des espaces “No kids”, Trump est l’archétype de l’enfant pourri qui ne gâche pas seulement un trajet en train par des cris, mais la bonne marche du monde par ses foucades et son imprévisibilité.

Donald Trump s'exprime lors d'une table ronde avec l'Ordre fraternel de la police dans la salle à manger d'État de la Maison Blanche à Washington, DC, le 5 juin 2025. (Photo de Brendan Smialowski / AFP)

Rappelons d’abord que Trump est un fils à papa, dont il a hérité la fortune et les affaires. Au bord de la faillite, c’est son père qui l’a sauvé d’une mauvaise passe qui aurait pu le conduire à la banqueroute personnelle. Comme tout enfant gâté, Trump n’a jamais eu à se battre pour obtenir quoi que ce soit. Il croit que tout lui est dû et qu’il mérite tout ce qu’il possède, dans une absence confondante de lucidité sur sa carrière et son sens des affaires.

Ne supportant pas la contradiction, il considère toute opposition à sa personne ou à sa politique comme un affront personnel qu’il ne saurait tolérer. Les insultes, les sobriquets qu’il réserve à ses adversaires qu’il qualifie volontiers d’ennemis (non personnels mais du pays tout entier) sont autant de signes d’immaturité et son incapacité à gérer ses frustrations, tel un adolescent susceptible et rancunier, et ses récentes diatribes contre son « ex-meilleur ami » Elon Musk apportent un éclairage particulièrement cru sur ces traits de caractère.

La capacité d’attention du “sale gosse” Trump est, sans surprise, très faible. Pas habitué à travailler et à se concentrer, lisant à peine les briefings préparés par ses services de sécurité, il ne veut pas s’embarrasser de complexité et de palabres. Il veut tout, tout de suite, la paix en Ukraine comme des deals mirifiques.

Cette impatience se manifeste notamment dans les grands dossiers diplomatiques. Les choses doivent se régler vite, selon son bon vouloir. Si elles ne se font pas, il s’agace et passe à autre chose, plongeant le monde dans l’incertitude et l’instabilité la plus complète. Le tweet rageur envoyé contre un dirigeant étranger récalcitrant est l’équivalent chez l’enfant gâté de la scène dans un magasin pour un jouet refusé ou se roulant par terre dans un supermarché pour un paquet de bonbons non acheté.

Trump a tout, non seulement de l’enfant gâté, mais aussi de l’enfant roi, autour de qui tout doit tourner et vers lequel toute l’attention doit être dirigée. En tant que président, être un enfant roi signifie faire corps avec le pays et le considérer comme sa chose dont il peut jouir sans entrave, sans limites, ces contrepouvoirs qu’il déteste et qu’il veut mettre à bas.

Certains pays ont parfaitement compris la psychologie de cet enfant impatient, comme les pays du Golfe qui le couvrent d’or, avec un niveau de corruption jamais atteint par un président américain, mêlant affaires personnelles et conduite du pays, lui permettant de s’enrichir massivement, et sans honte.

Colérique, impatient et velléitaire, Trump a aussi tout du petit caïd de cour de récréation, dur envers plus pauvre ou plus faible que lui, mais craintif et respectueux des forts qui en imposent. Comme un adolescent fasciné par le mâle alpha le plus impressionnant de la classe, Trump est en pâmoison devant Poutine et si celui-ci n’est « pas cool » en continuant de massacrer des civils ukrainiens, il exprime sa déception avec un tweet “Stop Vladimir” qui tient plus du dépit amical ou amoureux adolescent que de messages diplomatiques normaux envoyés par le chef de la première puissance démocratique mondiale.

Comme pour tout sale gosse, il importe de lui montrer les limites et le lion devient un tigre de papier. La Chine l’a compris, et l’Union Européenne commence également à le faire, le poussant à de nombreuses reculades sur les droits de douane notamment, ce qui lui vaut le surnom de « TACO president » (« Trump Always Chickens Out » soit « Trump se dégonfle toujours ») qui le met en rage.

Rarement l’expression biblique « Malheur à la cité dont le prince est un enfant » n’aura à ce point concerné un dirigeant de premier plan. L’équilibre du monde repose en fait sur un enfant roi pourri gâté, et comme souvent avec Trump, le tragique cohabite avec le burlesque, et la fin de l’ordre mondial hérité de la deuxième guerre mondiale sous l’égide des États-Unis côtoie la bouffonnerie la plus ridicule. À la devise « The buck stops here » (« le responsable est devant vous ») brandie par Harry Truman sur son bureau à la Maison Blanche, il serait peut-être sage de lui substituer « No kids allowed » …

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis