Trump : les bulldozers contre la démocratie

par Sébastien Lévi |  publié le 26/10/2025

La destruction d’une partie de la Maison-Blanche pour laisser place à la salle des fêtes voulue par le président milliardaire illustre jusqu’à la caricature les traits dominants du trumpisme : la mégalomanie, le mensonge et la corruption endémique.

L'aile Est de la Maison-Blanche a été entièrement démolie à Washington, le 23 octobre 2025. Cette démolition s'inscrit dans le projet de Trump de construire une nouvelle salle de bal. (Photo d'Andrew Leyden/NurPhoto)

La construction d’une salle des fêtes à la Maison-Blanche ne devait pas, selon son illustre « locataire », affecter la structure du bâtiment. C’est donc avec stupeur que les habitants de Washington ont vu les bulldozers s’attaquer à une aile entière de la résidence officielle du président des États-Unis, la « East Wing », le 20 octobre.

La seule idée de vouloir modifier la physionomie du bâtiment illustre la mégalomanie du personnage et son incompréhension profonde de la démocratie américaine. Il est totalement contraire aux usages d’imposer ainsi sa patte de manière aussi forte. Tous les présidents l’avaient compris avant lui, au-delà de rénovations partielles de la Maison-Blanche.

La nature réelle de ce projet, présenté sans ironie aucune comme la « principale priorité du président » par sa porte-parole Karoline Leavitt, est bien plus sinistre. Il ne se contente pas d’ajouter sa marque, aussi discutable soit-elle, il détruit un pan entier de ce bâtiment qui appartient au peuple américain. Ce faisant, il illustre une nouvelle fois sa tendance à mentir en toute impunité et son mépris pour les traditions ou l’héritage. Comme pour tout autocrate, tout commence avec lui.

Le mensonge de Trump ne s’arrête pas là : il concerne aussi le financement de cette salle des fêtes. Evalué entre 200 et 250 millions de dollars, Trump a d’abord annoncé que son coût serait assumé entièrement par des fonds privés, y compris les siens. Ce schéma posait d’ailleurs déjà un problème de corruption, avec des donateurs privés désireux de rentrer dans les bonnes grâces de Trump. Mais la réalité est encore pire, puisque Trump, sans honte, devait indiquer le 21 octobre sa volonté d’intenter un procès au ministère de la Justice pour 230 millions de dollars au titre du préjudice subi pour les enquêtes qui le visaient.

Comme souvent, l’incrédulité et le rire coïncident avec l’indignation, car cet exemple de corruption flagrante passera sans doute sans obstacle, grâce aux sycophantes que Trump a installés au ministère de la Justice, et qui n’osent rien lui refuser. En d’autres termes, cette salle des fêtes devrait finalement être payée partiellement par des donateurs privés voulant flatter Trump, et largement par le contribuable américain, au titre dommages et intérêts pour la blessure narcissique subie par l’intéressé. Dans un mélange inédit de corruption et de conflits d’intérêt, Trump sera donc « dédommagé » par un ministère de la Justice auquel il a imposé son autorité, contre tous les usages démocratiques.

La salle des fêtes de Trump n’est pas un projet immobilier, elle symbolise la mise en coupe réglée de la présidence et d’un pays par un homme mégalomaniaque et partisan d’un régime autoritaire qui voit ses concitoyens comme des sujets appelés à tolérer et même financer tous ses caprices.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis