Trump : l’horreur économique

par Gilles Bridier |  publié le 24/05/2025

Faisant fi des négociations en cours parce qu’elles ne lui conviennent pas, le président américain veut surtaxer les produits européens de 50% dès le 1er juin. Les conséquences ? Désastreuses.

Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux le matin du 23 mai, Donald Trump a déclaré qu'il « recommandait l'imposition d'un tarif douanier de 50 % » à compter du 1er juin, sur les produits européens, comme ici le fromage. (Photo Lorenzo Franzoni / Getty Images via AFP)

Quel crédit accorder à un négociateur qui renverse la table en déclarant qu’il « ne recherche pas d’accord » lorsque la discussion ne lui convient plus ? Comment aborder un dialogue avec un partenaire qui utilise la menace et la surenchère pour déstabiliser la partie adverse ? Faudrait-il que l’Europe passe commande de quelques Trump Towers, comme l’Arabie saoudite, pour ramener de la sérénité dans les échanges ? Le président américain a annoncé le 23 mai sur son réseau social qu’il se prononçait pour une rupture des discussions et l’application de droits de douane de 50%, décidés au doigt mouillé par le fait du prince, sans délai ou presque, au 1er juin…

Rappelons que la négociation en question avait été ouverte par celui-là même qui, via un oukase du 2 avril, avait instauré des droits de douane de 20% sur les produits européens… avant de décréter le 9 avril un gel de trois mois pour laisser la place à cette négociation ! Après avoir plongé, les indices boursiers remontaient et les spéculateurs se frottaient les mains… jusqu’à ce nouveau rétropédalage six semaines plus tard, à mi-chemin de la durée de concertation prévue. Le chaos est total.

Initialement, la hausse arbitraire de 20% (et 25% sur les automobiles) n’avait aucun fondement économique, pas plus que les 12,5% de taux résiduel qui avait été maintenus pendant la durée de la négociation. Et voilà que, sous le coup d’une colère mégalomaniaque, la négociation serait rompue. Faut-il y voir un subterfuge pour faire plier les négociateurs européens sous la pression, ou une véritable déclaration de guerre pour capter les investissements étrangers?

Il serait vain de dénoncer le non-respect des règles sur un ring où la seule qui subsiste est la transgression de toutes les autres. Dans le chaos qui caractérise la nouvelle guerre économique déclenchée par les Etats-Unis, la stratégie consiste à frapper le premier et le plus fort. L’Europe est confrontée à une attitude irresponsable sur la base d’une analyse erronée de ses échanges avec les États-Unis qui omettent d’intégrer le poids des services dans la balance. Qu’importe d’ailleurs si la raison invoquée ne tient pas : alternative ou pas, elle devient vérité dans l’univers des « fake news ».

En outre, la Maison-Blanche ressasse une vision tronquée de l’histoire sur la construction de l’Union européenne accusée de n’avoir été créée que pour gruger les États-Unis. C’est oublier que les États-Unis se plaignaient au siècle dernier que la mosaïque des réglementations des pays européens compliquaient le commerce entre les deux continents. Il est vrai que le président américain est allergique aux accords entre pays : il a aussi rompu l’accord Alena qui, depuis trente ans, instaurait une zone de libre-échange avec le Mexique et le Canada. Le libre-échange, oui… mais à sens unique !

Face à ce spectacle, les marchés financiers sont sidérés. Après les dernières annonces du président américain, les indices boursiers ont brutalement dévissé en Europe, jusqu’à 3,2% pour la CAC 40 à Paris avant de regagner la moitié du terrain perdu. La bourse de New-York est elle-même ébranlée à cause de l’incertitude créée par ces retournements impulsifs. Les marchés s’interrogent. Les spéculateurs y voient peut-être une nouvelle occasion de réorganiser leur portefeuille en misant sur un prochain renversement de situation. Nul doute que, en se focalisant sur les droits de douane, le président américain cherche à détourner l’attention de son opinion publique alors que l’agence de notation Moody’s vient de dégrader la note des États-Unis, et que le Sénat va plancher sur le projet de budget de l’administration Trump qui, en baissant les impôts et en augmentant les dépenses, va encore aggraver la dette astronomique du pays (36.000 milliards d’euros, 120% du PIB).

Gilles Bridier