Trump mobilise illégalement la garde nationale
L’envoi de la garde nationale à Portland et à Chicago contre l’avis de la justice et des autorités des villes concernées marque un nouveau tournant dans l’offensive de Trump contre l’équilibre des pouvoirs. Une décision inquiétante à tous égards.
Alors qu’un juge fédéral vient de déclarer illégal le déploiement de la garde nationale à Portland, le conseiller aux affaires intérieures Stephen Miller, connu pour ses positions d’extrême-droite, estime quant à lui que l’autorité n’émane que du président et pas d’un juge non élu. Ces commentaires confirment l’escalade autoritaire de Donald Trump, qui passe par la remise en cause des pouvoirs de la justice.
Le sous-titre de la séquence est parfaitement clair : Trump n’entend plus se soumettre aux décisions de la justice américaine et il compte utiliser l’armée pour mater les villes américaines qui lui résistent, en marchant sur toute forme d’opposition par essence illégitime et même séditieuse selon lui. Cette stratégie d’intimidation et de mise au pas marque une défiance ouverte autant envers les juges qu’envers les autorités locales. Or la démocratie américaine ne repose pas uniquement sur l’équilibre entre les pouvoirs défendu par Montesquieu, mais aussi sur une grande autonomie aux États qui disposent d’un gouverneur, de leur propre garde nationale ou de leur propre autorité judiciaire.
Trump entend casser cela en centralisant le pouvoir dans les mains de l’état fédéral. Paradoxe qui serait savoureux s’il n’était pas dramatique : le Parti républicain, défenseur des « state rights » (droits des états) et anti-Washington est aujourd’hui en train de se plier aux desiderata d’un président qui veut concentrer tous les pouvoirs à la Maison Blanche.
Trump souhaite ainsi revoir l’architecture globale de la démocratie américaine avec la remise en cause des contrepouvoirs à tous les niveaux. Après les contrepouvoirs « horizontaux » comme la Justice ou la presse, voici venu le tour des contrepouvoirs « verticaux » avec les États et les villes qu’il souhaite mater avec l’armée et dont il menace de suspendre les financements si la politique qu’ils mènent lui déplaît.
Cette manœuvre de Trump est particulièrement dangereuse car elle ne se contente pas de créer un conflit entre l’État fédéral et les États du pays, mais elle entend aussi monter les États les uns contre les autres. Envoyer la garde nationale du Texas dans l’Illinois est un symbole saisissant de cette guerre larvée que Trump souhaite voir se transformer en guerre ouverte entre les différents États de l’Union.
Dans une mise en scène lunaire, les 800 officiers les plus gradés de l’armée ont été convoqués pour se voir infliger un discours autant martial qu’incohérent de Trump les appelant à lutter contre « l’ennemi de l’intérieur ». À cette occasion, le ministre de la Défense, ancien animateur de Fox News, a délivré une tirade contre les « gros » officiers qui n’ont « rien à faire dans les couloirs du Pentagone ». Rien n’illustre mieux la réalité américaine que cette séquence, à la fois burlesque et dramatique, dans un mélange navrant de Don Camillo et Don Corleone.



