Trump – Netanyahou : à chacun son scandale
À l’approche d’échéances électorales décisives, les deux dirigeants réputés pour leur capacité à retourner les crises se retrouvent pris à leur propre piège. L’affaire Epstein et le « Qatargate » fissurent les récits politiques respectifs de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou.
Trump et Netanyahou se sont retrouvés le 29 décembre à Mar-a-Lago. Si l’avenir du Proche-Orient a été au menu des discussions officielles, il est possible que les hommes aient aussi échangé sur les scandales qui les éclaboussent et menacent leur assise politique, y compris au sein de leur base pourtant fidèle.
Netanyahou et Trump sont à bien des égards des jumeaux en politique. Maîtres dans leur capacité à régner par le ressentiment, ils peuvent compter sur une base fidèle qui leur pardonne régulièrement leurs écarts. Ils sont aussi dotés d’un cynisme qui leur permet de surfer sur un même ressentiment populaire et esprit de revanche, malgré leurs propres parcours personnels qui auraient dû les en dispenser.
Fils du secrétaire de Jabotinsky, formé dans les meilleures universités américaines et propulsé très jeune à des postes à haute responsabilité, Netanyahou l’ashkénaze a su surfer sur le ressentiment (justifié) d’une partie des électeurs sépharades en Israël, mal traités à leur arrivée dans le pays. Le talent cynique extraordinaire de Netanyahou est de se présenter encore aujourd’hui comme le porte-parole des déshérités, l’outsider ultime, tout en ayant occupé le pouvoir quasiment sans interruption depuis 1996, soit en tant que Premier ministre, soit en tant que ministre de premier plan. Héritier d’un promoteur immobilier richissime, Trump a démontré le même talent en se faisant le représentant des déclassés de la mondialisation et des laissés-pour-compte du rêve américain, en dépit de toute raison.
Epstein et « Qatargate », un choc narratif
Habiles manipulateurs, bêtes de télévision, Trump et Netanyahou sont chacun parvenus à imposer un récit et à le transformer en capital politique. Avec le ressentiment comme moteur plus que l’adhésion à une politique, ils sont parvenus à se constituer une base fidèle et peu regardante sur leurs turpitudes communes, entre abus de pouvoir, népotisme et corruption. Cette base est convaincue que leurs champions sont injustement attaqués par un « système » qui craindrait pour ses prébendes, incapable de reconnaître les qualités supposées de leurs champions : l’économie pour l’Américain moyen pour Trump, la sécurité nationale pour Netanyahou.
C’est dans ce contexte que les affaires Epstein et le « Qatargate » viennent percuter de front les certitudes des deux hommes, confrontés à des élections difficiles en 2026.
Affaire de corruption et d’influence au profit du Qatar au sein même du bureau du Premier ministre, le « Qatargate » touche directement à la sécurité d’Israël, au profit d’un État problématique, proche du Hamas et qui sabote l’image d’Israël dans le monde entier. Affaire de mœurs, l’affaire Epstein expose la dépravation morale d’hommes puissants mais aussi les accointances de Trump avec ces élites mondialisées, alors que l’Américain moyen ploie sous une hausse du coût de la vie et des frais de santé, dans un marché du travail en ralentissement.
Deux échéances électorales en 2026
Netanyahou et Trump sont des maîtres dans l’art de faire avaler des couleuvres à leurs partisans, au nom de « l’amour du pays » et de la lutte contre les « traîtres ». Ce narratif est aujourd’hui battu en brèche dans ces deux affaires qui exposent leur duplicité et qui frappent au cœur de leur ADN politique, la sécurité pour Netanyahou, et la défense des déclassés contre les élites pour Trump. Pour la première fois, des élus dociles du Likoud et du Parti républicain renâclent d’ailleurs à laisser passer ces scandales, qui troublent leurs bases habituellement dociles.
L’alliance entre les États-Unis et Israël est entre les mains de deux dirigeants affaiblis et illibéraux, terrifiés à l’idée de quitter le pouvoir, complètement pour l’un, et partiellement en cas de victoire des Démocrates lors des Midterms pour Trump, et de devoir rendre des comptes, notamment sur ces deux affaires mais aussi au-delà. La conjonction des élections et des affaires Epstein et du Qatargate les rend donc particulièrement dangereux, car prêts à tout pour rester au pouvoir.



