Trump privatise la Maison-Blanche
Dans une nouvelle entorse majeure aux usages, Donald Trump a décidé d’ajouter une salle des fêtes à la Maison-Blanche, nouvelle illustration de la privatisation de l’État par une administration qui ne s’impose décidément aucune limite.
Trump ne se voit pas comme le « locataire de la Maison-Blanche », selon l’expression consacrée désignant chaque président américain en exercice, mais plutôt comme son propriétaire légitime. Il compte bien y effectuer des travaux majeurs au gré de ses envies. Dans la même logique, il n’est pas le dépositaire temporaire de la fonction présidentielle, mais son incarnation absolue. Il parle ainsi des généraux comme de « ses généraux », va créer une pièce de monnaie à son effigie pour les 250 ans des États-Unis en 2026, et se présente souvent comme le meilleur président de l’histoire américaine.
Ce narcissisme pourrait presque faire sourire s’il n’allait pas de pair avec une incapacité à mesurer les limites de son pouvoir. Trump ne comprend pas que « ses » juges (ceux qu’il a nommés notamment) ou « ses » agences indépendantes puissent opposer une quelconque limite à ses souhaits et brider son pouvoir, alors qu’il se voit comme la seule autorité véritablement légitime. La chasse aux contrepouvoirs s’inscrit dans cette personnalisation presque pathologique de sa conception du gouvernement.
Sans surprise, cette logique d’appropriation du pouvoir engendre une corruption jamais vue dans l’histoire des États-Unis. En quelques mois, Trump et sa famille se sont enrichis d’environ 5 milliards de dollars, dans un mélange des genres décomplexé. Citons entre autres l’avion présidentiel offert par le Qatar, mais aussi les golfs et les tours Trump qui voient le jour dans plusieurs pays voisins contre une protection accrue accordée par les États-Unis. Quant à la création d’une crypto monnaie Trump, elle permet à des États ou à de simples individus de s’acheter les faveurs du pouvoir en en devenant ses investisseurs aussi avisés que désintéressés…
La personnalisation du pouvoir et de ses symboles, de même que l’enrichissement personnel découlent d’une même logique : celle de l’accaparement du pouvoir, dans une nouvelle version de « L’État c’est moi ».
Les partisans de Trump acceptent sans rechigner cette vision, et même cette corruption endémique. La haine du « système » les conduit à accepter et même à se réjouir que Trump se paie sur cet état fédéral honni qu’il contrôle désormais. En ce sens, la défaillance de la morale publique aux États-Unis dépasse de loin la seule figure de Trump, qui en est simplement l’expression la plus caricaturale.
Sa salle des fêtes est bel et bien le marqueur d’une époque et de la faillite éthique de la démocratie américaine, et de l’incapacité de ses institutions à s’y opposer.



