Trump se cogne au réel
Les nouvelles révélations de l’affaire Epstein, dans un contexte économique morose, sont une épreuve pour le président américain qui n’est pas habitué à rendre des comptes. Parviendra-t-il encore une fois à passer entre les gouttes ? Et si oui, à quel prix ?
Donald Trump a été réélu en 2024 sur une double promesse : d’une part, la vengeance contre les « élites corrompues » et le « système », d’autre part l’économie en général et le coût de la vie en particulier. Ces deux promesses sont d’ailleurs l’ADN du trumpisme, avec la promesse qu’un homme d’affaires à « succès » serait le mieux à même de gérer l’économie américaine et purger le pays d’un personnel politique corrompu.
Or Trump se heurte à un mur qu’il a toujours détesté, jusqu’à le nier pendant toute sa carrière : celui de la réalité. Dans les affaires, quand son incompétence et ses mensonges le rattrapaient, il avait recours de manière infaillible au même procédé, utilisé à six reprises : la faillite, ou le « Chapter 11 » en droit américain, qui lui permettait de ne pas payer ses créanciers. Ses créanciers aujourd’hui sont ses électeurs, grugés comme l’ont été avant eux les centaines de fournisseurs qu’il a laissés sur le carreau tout au long de sa carrière.
Stratégie du mensonge
Ne pouvant avoir recours à un Chapter 11 de la vie politique, il essaie donc l’autre méthode : le « gaslighting », c’est-à-dire tromper le public par le mensonge et l’emphase comme lors de son allocution au public lunaire mercredi 17 décembre : dans son monde alternatif, l’économie se porte bien, les prix baissent, et la hausse des frais de santé, dont il est responsable, serait imputable aux démocrates. Sur le plan des mœurs et de la chasse aux élites, l’affaire Epstein est soit un bobard monté par les mêmes démocrates, soit (au diable la cohérence) un scandale qui touche avant tout les démocrates, encore eux !
Il semble que, contrairement à d’autres moments de sa présidence, une partie de ses créanciers-électeurs se rebiffent car les outrances de Trump sont vues plus comme des caprices d’un homme saisi par la panique et en échec sur tous les dossiers, que le prix à payer pour avoir élu un homme brutal qui saurait gérer l’économie, comme lors de son premier mandat.
Menace sur la démocratie
Les États-Unis entrent dans une phase particulièrement dangereuse de la présidence Trump. Il se sait condamné à une défaite quasi-certaine aux élections intermédiaires, mais il a encore tous les pouvoirs et fera tout pour les garder, ne serait-ce que pour éviter un Congrès à majorité démocrate qui lui demandera des comptes, notamment sur sa corruption et ses entorses répétées à l’état de droit et à la constitution. Dans ses affaires, lorsqu’il se savait perdu, Trump avait recours au « pouce » des cours de récréation et se protégeait avec le fameux Chapter 11. Aujourd’hui, il est à craindre que le « pouce » consiste à entraver le jeu de la démocratie américaine de se dérouler normalement et de faire absolument tout pour l’empêcher d’aller à son terme, en sabotant le processus électoral. Bête blessée mais vivante, Trump est aujourd’hui plus dangereux que jamais pour les États-Unis, mais aussi pour le monde.



