Trump sort son arme de diversion massive
La polémique qui sévit outre-Atlantique sur le coût de la vie permet à Trump de perfectionner une mécanique politique fondée sur les récits complotistes. Payante pour lui électoralement, cette stratégie fragilise dangereusement le rapport des Américains à la vérité.
Ne s’embarrassant d’aucune précision factuelle, Trump a qualifié le problème de la vie chère de « bobard » fomenté par les démocrates. Un thème dont il avait pourtant fait l’axe prioritaire de sa campagne présidentielle en 2024. Une manœuvre grossière mais très révélatrice de sa capacité infinie à faire diversion grâce à des prises de position complotistes qui résonnent auprès de sa base.
Sujet prioritaire pour les Américains, qui a coûté cher politiquement aux démocrates, le thème du pouvoir d’achat a resurgi récemment aux États-Unis. Alors que l’inflation avait reflué, elle est repartie à la hausse, notamment à la suite aux droits de douane imposés par Trump. Le sujet étant devenu embarrassant, Trump tente de faire diversion en le présentant comme un faux problème monté de toutes pièces par les démocrates.
Trump, adepte de la réalité alternative
Le procédé est exactement le même que celui utilisé autour de l’affaire Epstein. Cette dernière a d’abord été exploitée politiquement par Trump et ses soutiens pour alimenter la colère populaire contre un « État profond » qui cacherait ses secrets inavouables. Lorsque ces secrets impliquent Trump et que l’État, profond ou pas, est aux mains de ses équipes, cette affaire devient un boulet dont il s’agit de se débarrasser. L’argument du « bobard » est alors brandi, sans emporter l’adhésion absolue de sa base dans ce cas précis.
Si Trump a malgré tout recours à ce procédé, c’est qu’il atteint généralement ses objectifs par ce biais. Trump a toujours eu une relation « élastique » avec la vérité, capable de présenter des « faits alternatifs » lorsque la réalité ne l’arrange pas, dans ses affaires comme en politique. Il sait à la fois imposer un récit et façonner la réalité, d’autant plus auprès de sa base politique qui lui est extrêmement fidèle. Le but est moins d’imposer une réalité alternative que de semer le doute systématique et la confusion.
Plaire à la galaxie complotiste
Trump peut ainsi affirmer que le réchauffement climatique est lui aussi un « bobard », comme il a longtemps nié la gravité du COVID. S’il a fini par la reconnaître et admettre le bien fondé des vaccins, c’est qu’il en a été l’un des artisans et qu’il a souhaité en revendiquer la paternité, tout en refusant systématiquement de désavouer les complotistes sur le sujet.
Trump est fasciné par les théories du complot, surtout quand elles le servent. Il a pu ainsi relayer la folle théorie des machines de comptage électronique contrôlées à distance par des hackers vénézuéliens, ou présenter l’ingérence russe dans l’élection de 2016 comme un complot, contre l’évidence présentée par ses propres services secrets (devenus aussi partie prenant du complot dans le mouvement MAGA).
Au-delà de sa propre fascination pour le complotisme, cette stratégie lui est très bénéfique. Elle permet de ressouder sa base, par nature défiante envers toute vérité scientifique ou « institutionnelle », et d’éviter de rendre des comptes sur ses propres échecs ou turpitudes.
Selon une étude récente, 51% des républicains estiment que l’élection de 2020 était truquée, 40% que le 11 septembre avait été aussi fomenté par des branches du gouvernement en plus d’Al Qaeda, et 37% que le nombre de morts de la Shoah était exagéré.
Trump alimente la destruction de la vérité et des faits avec son complotisme obsessionnel, détruisant par là-même la fabrique, la résilience et l’unité de la société américaine.



