Trump sous tutelle

par Sébastien Lévi |  publié le 19/08/2025

Les Européens se sont déplacés ensemble à Washington : il s’agissait de faire pression pour contrer les décisions imprévisibles d’un président américain manipulé par Poutine.

Donald Trump accueille Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche, le 18 août 2025 à Washington. Le président Trump reçoit le président Zelensky pour une réunion bilatérale, puis une réunion élargie avec les dirigeants européens afin de discuter d'un accord de paix entre la Russie et l'Ukraine. (Photo par ALEX WONG / Getty Images via AFP)

C’est devenu un rituel à Washington : avant certaines réunions de cabinet, les ministres se succèdent pour chanter les louanges du président Trump. Humiliante pour les ministres flagorneurs, cette séance de célébration l’est encore plus pour les États-Unis qui montrent ici le visage d’une république bananière et non de la grande démocratie qu’elle est censée être.

La séquence diplomatique qui vient de se jouer entre le sommet d’Anchorage et la réception de Zelensky et des alliés de l’Ukraine à Washington a encore renforcé cette image. À Anchorage, Trump a montré une nouvelle fois sa faiblesse envers les forts, son mépris des alliances et sa singulière fascination pour Poutine. En recevant ce dernier avec tous les honneurs, en reprenant ses éléments de langage, il a acté la fin du leadership américain pour jouer le rôle de courtier entre deux parties, sans prendre parti et sans distinguer l’agresseur de l’agressé.

À Washington, l’égo boursouflé de Trump et son obsession de l’image d’ancien animateur de télé réalité ont donné une importance disproportionnée à la tenue que Zelensky porterait. Pour lui donner satisfaction le président ukrainien a passé une veste, ce qui a, semble-t-il, réjoui Trump pour qui il s’agissait d’une victoire sans doute plus importante que le cessez-le-feu qu’il n’avait su imposer à Poutine malgré ses rodomontades.

On a aussi vu les différents dirigeants alliés de l’Ukraine se plier à l’exercice auquel se prêtent régulièrement les ministres de Trump, avec des remerciements et des flatteries pour le grand homme, et des piques induites à son prédécesseur honni, sous le mandat duquel « aucune avancée majeure n’avait eu lieu », selon les mots du président finlandais. Nulle critique de ces leaders européens ou de Zelensky dans ce constat : ils ont en tête l’avenir du continent et ils savent que sans flatter l’ego de Trump ils n’arriveront à rien.

Dans son style inimitable et son absence de lucidité caractéristique, Donald Trump avait envoyé un tweet avant le sommet de Washington pour exprimer l’honneur de recevoir autant de leaders européens à cette occasion. Il ne comprend pas ou fait mine de ne pas comprendre que cette présence massive traduit la piètre estime que lui portent ces dirigeants, en particulier après le sommet désastreux d’Anchorage. La soumission de Trump à Poutine les a conduits à limiter la casse : il ne fallait surtout pas laisser Zelensky se voir imposer la solution poussée par le maître du Kremlin et qu’il semblait pouvoir vendre à son ami Donald Trump en le manipulant magistralement.

Trump est à certains égards ce vieil oncle richissime sensible aux arguments d’aigrefins qui l’entourent et savent flatter son ego pour en obtenir ce qu’ils veulent, et on peut voir cette rencontre de Washington comme une « mise sous tutelle diplomatique » par ses alliés européens assez humiliante pour lui. Trump tenait absolument à ce que Zelensky porte une veste. C’est la crédibilité des Etats-Unis s’en est prise une.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis