Trump-Xi Jinping : la fausse victoire américaine
Apparemment, Donald Trump a conclu un deal avantageux. En fait, c’est la stratégie chinoise qui a été confortée par cette rencontre.
On avait annoncé « la » rencontre diplomatique de l’année, et on a eu raison. Le sommet entre le numéro un chinois et le président Américain en Corée du Sud a tenu ses promesses. Il s’est terminé par une accalmie provisoire entre deux superpuissances. Un accord valable un an est intervenu sur les droits de douane, les terres rares, le fentanyl. Mais derrière ce consensus éphémère c’est bien Xi Jinping qui vient de remporter cette première manche de l’ère Trump.
Même si les engagements qui viennent d’être pris sont en principe reconductible l’année prochaine, l’impression qui domine est que rien n’est véritablement stabilisé dans la course de fond engagée entre Pékin et Washington.
Depuis le début de son mandat, Trump ferraille avec la Chine sur les droits de douane. Au début octobre encore le président Américain brandissait la menace d’une augmentation de 100% des « tarifs » sur les exportations chinoises. Pékin n’a pas joué l’apaisement, elle a enclenché une stratégie de riposte symétrique pour contrer les coups de menton de la Maison Blanche. Et elle ne s’en est vanté ouvertement : « nous nous battrons jusqu’au bout » ont répété les diplomates chinois au fil des mois. Cette forme de résistance a été bénéfique pour Xi Jinping au plan intérieur, elle a aussi permis à Pékin de se rapprocher de pays ciblés eux aussi par la « guerre des tarifs », le Brésil par exemple, et même l’Inde qui vient d’oublier ses anciennes querelles avec la Chine.
Pendant des mois l’équipe Trump était polarisée sur cette guérilla tarifaire et le boss ne pensait qu’à une seule chose : faire un deal à son avantage, comme toujours, après avoir beaucoup exigé. Premier fournisseur mondial de terres rares, la Chine a alors changé de cap : elle a commencé à fermer le robinet de ses exportations en direction des États-Unis, comme Gilles Bridier l’a souligné dans ces colonnes. Elle a aussi élargi ses restrictions sur d’autres matières stratégiques comme le tungstène. En outre, elle a mis sur pause toutes ses commandes de soja américain pour les remplacer par des contrats signés avec le Brésil et l’Argentine.
En Corée du Sud, la question des terres rares a tout de suite pris une autre dimension : l’équipe Trump, qui veut atteindre une suprématie mondiale dans le domaine de l’intelligence artificielle, craint par-dessus tout de ne pas avoir assez de ces précieux minerais stratégiques pour atteindre cette « nouvelle frontière ». Trump n’avait pas anticipé que la suprématie dont il rêve dans le domaine des technologies numériques et de la défense passe encore par le canal du multilatéralisme dans le commerce international. Multilatéralisme, un gros mot qu’il a banni de sa grammaire politique.
Un autre constat doit être fait au moment le combat technologique s’intensifie entre les deux géants : ceux-ci ne cherchent plus seulement faire du commerce ou développer la circulation des marchandises. Ils veulent contrôler les capacités de production de leurs challengers et, à l’autre bout de la chaîne, leurs marges de profits. D’où l’âpreté du combat en cours et la volonté de Trump de mettre la main sur les terres rares en Ukraine ou au Groënland. Pour Pékin l’enjeu est de parvenir à une autosuffisance complète dans le domaine technologique comme vient de le fixer le Plénum du PC chinois.
Au final, Xi Jinping, bon prince, a conclu une trêve commerciale d’un an sur les terres rares. Il en a été de même sur le soja et le fentanyl. Autant dire que l’exercice qui vient d’avoir lieu dans ce premier face à face entre les deux géants aura valeur d’exemple. La diplomatie du rapport de force brutal et du deal vient de montrer ses limites.
Étrangement le dossier de Taïwan, que tout le monde voyait comme une véritable ligne rouge pour l’avenir des relations entre Pékin et Washington, a joué un rôle marginal dans cette rencontre. L’avenir de l’ile nationaliste est une « patate chaude » que se refile démocrates et républicains depuis tant d’années. L’administration Trump ne fait pas exception. Sauf que Trump n’attache pas autant d’importance à l’indépendance de Taïwan. A l’inverse, son prédécesseur Jo Biden avait fait preuve de fermeté en annonçant que Washington réagirait à toute attaque sur Taipei.
Quelques instants à peine avant sa rencontre avec le numéro un Chinois, Donald Trump indiquait sur son réseau social son intention de relancer les essais nucléaires. Ce sujet n’a pas été évoqué officiellement. Pas sûr cependant que Xi Jinping ait été impressionné par cette annonce. Au début comme à l’issue de l’entretien avec Trump – 1h 40 chrono- le masque du dirigeant chinois est resté le même, pommette haute, avec son léger sourire habituel à peine esquissé. Moins de deux heures, où l’on a pu se rendre compte que le monde n’était plus complètement américain.



