Ubu roi du Venezuela
L’empire américain vient de déposer par la force un régime rebelle. Personne ou presque ne plaindra Maduro. Mais l’opération de force, précédent mortel, fait exploser toute référence au droit, à l’équilibre et au bon sens.
Impatienté par un régime qui lui déplaît, l’empereur vient donc d’envoyer quelques légions déposer le tyran local afin que le Venezuela, contrée importune, rentre dans le rang. Nous ne sommes pas sous le règne de Néron ou de Tibère, mais sous celui de Donald Trump.
Personne ou presque ne pleurera le sort de Nicolás Maduro, qui a maintenu son peuple sous la férule, ruiné son pays et provoqué l’exil de millions de ses concitoyens. Mais c’est affaire de principe : l’opération impériale effectuée la nuit dernière, décalque de manière grossière les méthodes expéditives naguère employées par les États-Unis dans les pays d’Amérique latine au nom de la « doctrine Monroe », qui a consisté à interdire toute ingérence européenne au sud du continent américain et, corollairement, à faire tomber par toutes sortes de moyens les gouvernements jugés hostiles par Washington.
Le droit international mis à l’épreuve
Hors de tout droit, de toute tradition d’équilibre, de tout souci d’ordre international, et même de tout bon sens, Donald Trump, disposant sans aucun contrôle démocratique d’une armée irrésistible devenue sa garde prétorienne, met en pratique le règne de la force nue proclamée dès son élection. Avec un tel précédent, au nom de quoi peut-on encore protester contre l’agression russe en Ukraine ou, dans un avenir indéfini, contre une invasion chinoise à Taïwan, une annexion armée du Groenland par les États-Unis ou une annexion tout aussi illégale de la Cisjordanie par Israël ? Les raisons du plus fort étant toujours les meilleures, elles ne manqueront jamais à l’appui de toutes les opérations de conquête ou de destruction décidées par tel ou tel puissant mondial ou régional.
Une occupation aux conséquences incertaines
Trump bénéficie à coup sûr de soutiens au Venezuela, à commencer par Maria Corina Machado, étrange prix Nobel de la paix. Il prétend maintenant, Maduro une fois embastillé, gouverner lui-même le pays pour le mener vers une transition qui lui convienne. Mais on rappellera ici l’avertissement de Robespierre à ses rivaux girondins déclarant la guerre à l’empire d’Autriche : « les peuples n’aiment pas les missionnaires armés ». Les Vénézuéliens excédés par le régime Maduro feront-ils exception ? Face à un envahisseur gringo, rien n’est moins sûr. Auquel cas, Trump risque fort de recevoir un autre Prix Nobel qui n’est pas celui dont il rêve : le prix Nobel de la guerre.



