Ukraine : fin du show Trump
Deux semaines après la rencontre Trump-Poutine d’Anchorage, le président russe n’a toujours pas proposé de date pour un rendez-vous avec Zelensky. La comédie de la paix jouée par Trump se termine.
Tout se passe comme si le sommet d’Anchorage n’avait servi à rien. Sauf pour Poutine, bien sûr : le voilà réhabilité par Trump aux yeux du monde alors qu’il est poursuivi par la Cour pénale internationale. Mieux : le président américain laisse entrevoir sa frustration, dit même qu’il réfléchit devant « le bain de sang » qui continue mais il ne prend aucune décision qui pourrait gêner Moscou.
Chaque nuit les drones, les missiles russes fauchent des vies ukrainiennes. Sur le front est, l’offensive russe continue dans la région de Donetsk ainsi qu’autour de Dnipropetrovsk. Mutique, Poutine reste le maître des horloges. Il a tiré un autre bilan de Sommet en Alaska : Trump a oublié de brandir la menace de nouvelles sanctions, ses troupes en profitent. Chaque jour, elles avalent des kilomètres dans le Donbass.
Le seul qui s’exprime est le ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Il accuse les occidentaux d’empêcher tout règlement de la crise sur le fond avec leur idée de garantir la sécurité de l’Ukraine grâce à la présence de contingents militaires européens : « totalement inacceptable ». Du coup Lavrov renverse la proposition en disant que la Russie doit, elle aussi, être la garante de la sécurité dans l’Ukraine de demain. Des officiers, des soldats, des diplomates russes pour garantir la sécurité de Kiev ? L’agresseur deviendrait-il le garant de la paix ? On croit rêver… Pas totalement.
Revenons à la réunion de Washington qui a suivi le Sommet en Alaska. Dans ce tour de table à la Maison-Blanche, Ursula von der Leyen a suggéré la mise en place de garanties de sécurité inspirées de l’article 5 de la charte de l’Otan. Celle-là même que Giorgia Meloni avait défendues au printemps dernier devant le Sénat italien. Trump s’est emparé de cette idée, l’a présenté à Poutine, qui l’aurait acceptée. Le maître du Kremlin sait pertinemment que ces garanties ne garantissent rien car ce sont les conditions pratiques de leur mise en œuvre qui comptent avant tout et surtout la nationalité des soldats. Lavrov n’a fait que mettre en forme la pensée de son patron.
La séquence tournée en Alaska était le dernier épisode de la série télé montée par la Maison-Blanche. Derrière le spectacle, on a vu se croiser, se superposer même, plusieurs narratifs, celui de Trump, celui de Poutine, aujourd’hui prolongé par Lavrov, autant de mots pour faire croire que la paix était proche. Cette construction sémantique n’est qu’un monde parallèle. Les Européens doivent s’en rendre compte, ouvrir les yeux. On ne peut plus croire que Poutine est à la recherche la paix. On ne peut plus ne pas voir que Trump est en train d’abîmer la démocratie américaine.
Le Kremlin veut nous mettre hors-jeu, il sait que l’affaire ukrainienne détermine rien de moins que l’avenir de l’Europe. La Maison-Blanche, elle, voudrait nous réduire à de simples spectateurs sidérés par le chaos, tout juste bons à mettre la main au porte-monnaie pour acheter du matériel militaire américain et refaire une armée ukrainienne après la disparition de Zelensky.
La série télé aura duré huit mois. Cette fois, c’est la fin du spectacle. L’Europe est prise en tenaille entre deux empires qui ont partie liée. Il faut qu’elle agisse autrement, qu’elle change de trajectoire, explique l’ancien Président du conseil italien Mario Draghi, (voir dans nos colonnes, la chronique de Gilles Bridier). Mario Draghi souligne l’urgence d’un nouveau pacte social européen et la réalité de la menace russe.



