Ukraine : l’humiliation des démocraties

par Laurent Joffrin |  publié le 24/11/2025

C’est un mélange de colère et de honte qui saisit tout démocrate à la lecture du plan de capitulation de l’Ukraine concocté par les deux tyrans Trump et Poutine. Même si, depuis, les Européens tentent de remonter la pente.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Le plan Trump ? Dix-huit clauses qui resteront dans l’histoire de l’infamie. Le simple fait qu’un tel acte de reddition ait pu être élaboré et rendu public donne la mesure de l’abaissement du camp des démocraties. Rappelons son esprit général. Ainsi les Ukrainiens, qui résistent vaillamment à l’agression russe depuis quatre ans, ont-ils été sommés de se rendre. Ainsi les défenseurs de la démocratie ont-ils été trahis en rase campagne par celui qui dirige l’ex-première démocratie de la planète. Ainsi Volodymyr Zelensky a-t-il vu son courage et son inlassable résistance niés par un Ubu peroxydé qui se fiche de l’Ukraine come de son premier deal immobilier. Ainsi les Européens ont-ils été conviés à contempler, dans la rage et l’impuissance, l’histoire de l’Europe s’écrire sans eux, rayés de la carte mondiale, relégués au rang de figurants marginaux, contraints d’assister au triomphe d’un ennemi qui n’a d’autre but que leur affaiblissement et priés sans ménagement d’acquitter la facture de la cérémonie.

Depuis cette humiliante publication, tout en ménageant son auteur avec maintes précautions, les Européens tentent de réécrire les clauses les plus outrageantes du document. En attendant, Volodymyr Zelenski se retrouve dans la position du président tchèque Benes exclu de la conférence de Munich et confronté aux ultimatums de Hitler et à la trahison programmée de ses alliés français et britanniques. Il est sommé d’abandonner un cinquième de son territoire sans recevoir aucune garantie de sécurité tangible en dehors des promesses sonores de non-agression qu’on se fait fort de négocier avec Poutine et que celui-ci a violées sans aucune hésitation par le passé. Des promesses qui sont l’équivalent du papier dérisoire agité avec contentement par Neville Chamberlain au retour de la conférence de Munich.

C’est sur ce point, finalement, qu’il faudra juger le compromis négocié à Genève, si tant est que la partie russe en accepte les termes : faisant la part du feu, l’Ukraine concède de larges pertes territoriales ; en échange, les démocraties mettent en place un accord de sécurité concret qui établisse une solidarité automatique en cas de nouvelle agression russe. Ce qui suppose la réorganisation et le renforcement de la défense européenne, qui doit à terme pouvoir enrayer une offensive russe, non pour faire la guerre, mais pour la prévenir. C’est le minimum qu’il faudra obtenir. Faute de quoi, comme le dit sans ambages François Hollande, l’Union européenne, méprisée et moquée, sortira de la scène mondiale pour devenir une simple spectatrice assiégée.

Laurent Joffrin