Ukraine : tout n’est pas perdu

par Laurent Joffrin |  publié le 13/12/2025

L’Union européenne a décidé de geler jusqu’à la fin de la guerre les actifs que la banque centrale russe avait placés chez elle. Enfin, les gouvernements démocratiques cherchent à sortir du piège où Trump et Poutine veulent les enfermer.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Il y avait de quoi enrager. Alors que la Russie a violé toutes les conventions, tous les traités, toutes les règles les plus élémentaires de relations internationales dans la guerre d’Ukraine, les Européens hésitaient, en raison de scrupules juridiques byzantins, à mettre la main sur les quelque 210 milliards d’euros d’avoirs russes déposés en Europe.

On craignait le précédent, on arguait de dispositions légales faites pour les temps de paix, on butait sur l’opposition du judas Orban, on écoutait le chagrin des Belges qui craignaient devoir un jour rembourser les fonds saisis ; bref on appliquait dans cette affaire une vision dont Vladimir Poutine se moque comme de son premier crime en Tchétchénie et qui n’a plus aucune pertinence dès lors que les bombes, les missiles et les drones ravagent l’Ukraine, pays souverain et ami qu’il faut à tout prix secourir, sauf à sortir de l’Histoire.

Toujours avec retard, mais avec une grande constance, les amis de la démocratie sont résolus à résister à la tyrannie, sachant bien que s’ils cèdent en Ukraine, ils risquent de devoir faire de même ailleurs, dans les pays Baltes (qui sont dans l’OTAN), en Moldavie ou un jour – pourquoi pas ?  – en Pologne. La saisie de ces avoirs permettra à court terme de financer l’aide à l’Ukraine et, en cas de cessez-le-feu servira de caution aux nécessaires réparations que la Russie doit au pays qu’elle aura bombardé sans relâche pour tenter en vain de le soumettre à sa férule. Élémentaire réponse du berger à la bergère.

Si bien que face à la trahison américaine, et contrairement à l’idée qui s’instille chez les pleutres et les défaitistes, alimentée par la cinquième colonne prorusse composée des dirigeants du RN et de LFI, la partie est loin d’être perdue pour les défenseurs de la liberté.  Trump a fait défection, pour partie en tout cas. Mais l’UE peut encore aider l’Ukraine, les soldats de Zelensky résistent mieux qu’on ne dit, démontrant que les victoires revendiquées par Poutine n’en sont pas, et les États-Unis doivent maintenant répondre à une question simple : voyant la Russie empêtrée, l’Ukraine toujours debout et les Européens décidés à la soutenir, les États-Unis peuvent-ils décemment planter un couteau dans le dos de l’Ukraine ? Autrement dit, la décision de l’UE montre une chose : rien n’est écrit et les démocraties peuvent encore faire échec à l’offensive du tsar body-buildé. 

Laurent Joffrin