Ukraine : Trump a-t-il vraiment changé ?
Changeant soudain de positon, le président américain a décidé de fournir à l’Ukraine des armements nouveaux, notamment les batteries « Patriot » dont elle a besoin. Tournant ou palinodie ?
Six mois après son arrivée à la Maison Blanche, Trump vient-il de faire volte-face dans le dossier ukrainien ? Depuis plusieurs semaines, le milliardaire républicain manifestait son agacement devant l’intensification des bombardements russes et le refus obstiné de Poutine d’entamer des discussions en vue d’un cessez-le-feu. Le 3 juillet, deux heures d’entretien avec le maître du Kremlin ont achevé de le convaincre.
Pendant toute sa campagne, le milliardaire a claironné qu’il pouvait mettre fin à cette guerre en 24h. Arrivée au pouvoir, l’Ukraine devait être le laboratoire de sa nouvelle politique étrangère : rupture avec le multilatéralisme en vigueur depuis 1945, mise en œuvre de « l’art du deal », pierre angulaire de la méthode Trump, avec à la clef des contrats commerciaux dont tout le monde sort gagnant.
D’entrée de jeu, Trump a donné des sueurs froides aux Ukrainiens qui ont vu le président républicain adopter les thèses de Poutine. Panique aussi sur le vieux continent devant le lâchage américain de l’Europe, laissée seule face aux ambitions impériales du Kremlin.
Le show Trump a pris un tour dramatique dans le bureau ovale de la Maison-Blanche quand Zelensky s’est fait humilier en direct devant les caméras du monde. On ne compte plus les coups de téléphone, les voyages à Moscou de l’émissaire Steve Witkoff ou du vice-président J.D. Vance, ni les journées perdues en conférences qui tournaient à la mascarade comme à Riyad ou à Istanbul. Toutes ces étapes ont permis à Poutine de faire diversion, tout en faisant basculer son pays dans une économie de guerre.
Après son lynchage médiatique, Zelensky a eu l’intelligence de faire le gros dos. Reprenant contact, il est parvenu à négocier avec Washington un contrat sur les minerais rares ukrainiens qui pourront être exploité par des compagnies américaines. Pourtant, derrière toutes ses gesticulations, Trump n’a jamais remis en question les livraisons militaires engagées par son prédécesseur Biden. En fait les livraisons se sont poursuivies, elles ne devaient cesser que dans les semaines à venir.
A l’issue du sommet de l’Alliance atlantique le 25 juin, Zelensky était reparti avec le soutien de l’Otan, y compris celui des États-Unis. L’urgence portait sur les missiles anti-missiles « Patriot ». Ces batteries de défense aérienne sont cruciales pour Kiev car les drones russes se multiplient dans le ciel ukrainien. L’état-major de Kiev estime que les Russes seront bientôt en mesure de frapper chaque nuit le territoire ukrainien avec un millier d’engins.
Trump veut aussi doter les forces ukrainiennes d’autres batteries de missiles, de munitions et de blindés. À cette fin, la Maison-Blanche dispose d’un outil spécial, appelé « Presidential, Drawdown Authority » (PDA). Abondé à la hauteur de 3,8 milliards de dollars, ce dispositif permet au président de prélever du matériel de défense dans les stocks de l’armée américaine. Problème : l’urgence et plus encore le fait que certains systèmes d’armes ne sont pas toujours disponibles.
Le secrétaire américain à la défense Hegseth a reçu son homologue allemand Pistorius et le patron de l’Otan, Mark Rutte, qui a aussi eu les honneurs du bureau ovale. Plusieurs pays de l’Alliance atlantique vont acheter des armes pour l’Ukraine en passant des contrats en direct avec les constructeurs d’équipements militaires américains. Trump peut ainsi échapper aux critiques de sa base « MAGA », qui rejette toute aventure militaire à l’étranger.
Des sanctions commerciales contre les pays qui font des affaires avec la Russie viennent compléter ce dispositif. Après avoir fait approuver sa loi budgétaire avec tambour et trompette devant le Sénat, ce dernier a déjà entre les mains un projet de loi porté par deux élus, un républicain et un démocrate : celui-ci permettra d’infliger des droits de douane de 100% aux pays qui achètent du gaz russe.
Pour donner plus de crédit à son revirement, Trump a lancé un ultimatum afin de contraindre Poutine à ouvrir des pourparlers : il lui a donner cinquante jours pour négocier un cessez-le-feu … Pas sûr que le maître du Kremlin apprécie cette manière de faire. En six mois on a appris à connaitre les changements de pied du milliardaire républicain : un nouveau coup de balancier peut encore se produire.
Trump ne cherche pas la fin des combats pour sauvegarder une Ukraine démocratique et il n’a toujours pas dit qui a ouvert les hostilités contre Kiev. Il veut avancer sur ce dossier parce qu’il n’a aucune chance de bousculer son vieux complice Netanyahou pour qu’il cesse sa guerre de vengeance à Gaza. Le président milliardaire n’a qu’un objectif : construire une légende de « faiseur de paix » pour obtenir, un jour peut-être, le prix Nobel de la paix.



