Ukraine : une Europe en trompe-l’œil

par Valérie Lecasble |  publié le 07/01/2026

La « coalition des volontaires » à Paris a-t-elle progressé vers une paix honorable en Ukraine ? Les communiqués officiels l’affirment. Mais le flou des résolutions prises et le style adopté par les Européens en font douter, dans un contraste saisissant avec la détermination brutale affichée par Donald Trump.

Friedrich Merz, chancelier d'Allemagne, Volodymyr Zelensky, président d'Ukraine, Emmanuel Macron, Keir Starmer, Premier ministre du Royaume-Uni, Steve Witkoff, envoyé spécial des États-Unis, et Jared Kushner participent à la réunion de la « Coalition des volontaires » à l'Élysée, le 6 janvier 2026. (Photo Tom Nicholson / Getty Images via AFP)

Plus ils sont nombreux et plus ils ont l’air faibles. À voir Emmanuel Macron signer avec le Premier ministre britannique Keir Starmer le projet d’un cessez-le-feu en Ukraine, le malaise s’installe. Un sourire accroché aux lèvres, une main posée sur l’épaule de Starmer : tout cela donne le sentiment d’une grande déconnexion.

On le sent heureux de se situer là, au centre du jeu, avec de part et d’autre, outre le Britannique, le président de l’Ukraine et les deux émissaires américains envoyés par Donald Trump. Pour afficher une complicité, il les nomme par leur prénom, Volodymyr (pour Zelensky), Keir (pour Starmer), Jared (pour Kushner) et Steve (pour Witkoff). Avec en toile de fond, les costumes gris des nombreux dirigeants européens qui ont fait le déplacement à Paris pour participer à la coalition des volontaires.

Le contraste est saisissant. D’un côté, Donald Trump, seul dans ses interventions, délivre au monde ses diktats, avec calme et détermination : hier, l’enlèvement de Maduro, demain l’invasion du Groenland, avec l’intervention de l’armée américaine s’il le faut. De l’autre, une brochette de chefs d’Etat européens devisent gaiement à l’Élysée comme à la sortie d’un dîner mondain. Ils échangent les accolades, font des annonces, publient des communiqués. En principe, les décisions prises vont dans le bon sens. En fait, ce sont surtout des mots, toujours des mots…

Quel est le vrai contenu de l’accord signé à Paris ? Nous sommes à 75 % d’un cessez-le-feu en Ukraine, commente le lendemain à la radio le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot pour se féliciter des avancées obtenues. Avant de reconnaître… que les 25 % restants sont entre les mains des Russes. Autrement dit, si Poutine dit non, tout s’effondre…

C’est une étape supplémentaire, en présence des Américains, souligne un très haut gradé français. Elle met en place des garanties de sécurité crédibles pour dissuader toute nouvelle agression russe après un cessez-le-feu. Mais sans que l’on sache où, ni quand, ni avec quelle mission seraient déployées les fameuses forces de soutien qui seraient envoyées en Ukraine. Quelles sont les conditions d’engagement, d’ouverture du feu ? Et quelle est la nature exacte des garanties promises par les États-Unis ? Pas gagné.

L’Europe face à ses contradictions stratégiques

Bref, le fossé est béant entre l’impérialisme de Donald Trump et la diplomatie classique des Européens. Le jour même où Emmanuel Macron négocie à Paris, Donald Trump se moque publiquement de lui et de la façon dont il l’aurait supplié de ne pas dévoiler à la population son recul sur les droits de douane. Les Européens devisent à l’ancienne tandis que le président américain impose sa volonté au monde et se joue des chefs d’Etat.

Effrayant. Cela repose la question de l’Europe. Pas assez efficace à 27, elle doit être repensée. Il y a ceux qui n’en veulent plus comme les populistes que sont à droite le RN et à gauche LFI. Mais qu’aurions-nous fait sans elle ? Comment auraient réagi les pro-atlantistes comme l’Italie, tentée de se rapprocher des États-Unis ? Encore plus dangereux.

Il y a ceux qui en veulent davantage comme le prône la mouvance fédéraliste sociale-démocrate portée par Raphaël Glucksmann. Mais qui, parmi les nations qui la composent, est prêt à déléguer son pouvoir politique et militaire comme la création de l’euro l’a en partie fait pour l’économie ? Peu réaliste.

Vers une Europe à la carte ?

Et puis, il y a les réalités paradoxales, comme celle d’hier qui a vu la France et la Grande-Bretagne, non-membre de l’Union mais à la tête de la deuxième armée européenne, signer ensemble l’utilisation de leurs forces militaires comme garanties de sécurité. Alors, une Europe à la carte ? L’Europe des 27 – mais sans la Hongrie – pour les affaires courantes. Ou l’E3 composée de la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, les trois pays en pointe pour défendre l’Ukraine ?

Toutes ces questions sont existentielles. Elles déterminent notre survie. À l’aube de la campagne présidentielle, les Français attendent des réponses claires et fortes. Au risque sinon de plonger dans un immense inconnu.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique