Un an de chaos à la Maison-Blanche
Le 20 janvier 2025, Donald Trump revenait à la Maison-Blanche après l’avoir quittée dans le déshonneur après la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021 au Capitole. En un an, il aura profondément affaibli la démocratie en Amérique et aggravé l’instabilité du monde.
Voici ce qu’il est commun d’appeler un « accident de l’Histoire » : Trump a pu s’imposer en 2024 à cause de l’inflation, de certains excès du wokisme et du maintien de Joe Biden comme candidat des démocrates pendant trop longtemps, plombant ainsi Kamala Harris. Outre ces raisons bien réelles, des Américains non trumpistes ont voté pour Trump en se souvenant d’une présidence certes baroque, mais avec une bonne économie et des institutions capables de résister à un président éructant, mais encore contraint.
Un an après, il ne reste aucune trace de la prudence du premier mandat, avec un Trump consumé par la vengeance et l’hubris. Le Congrès est devenu une chambre d’enregistrement, la Justice peine à freiner la frénésie MAGA et devient un instrument qui intimide et fait taire des opposants. Les médias sont tétanisés ou obséquieux, le monde économique est pétrifié et les personnalités du monde de la culture hésitent à prendre la parole. Ultime contre-pouvoir, le peuple est aux abonnés absents, sans les mobilisations observées à Hong Kong, Téhéran ou Belgrade.
La peur s’est immiscée dans la société américaine à tous les niveaux, et elle est savamment entretenue par une rhétorique toujours plus violente, qui qualifie les adversaires du pouvoir d’ennemis de l’intérieur ou de terroristes domestiques. À ce titre, les images en provenance de Minneapolis servent autant à mobiliser la base MAGA qu’à effrayer les opposants, du simple citoyen aux institutions.
Chantage diplomatique et fin du soft power
C’est aussi la peur qui paralyse les pays maltraités par une Amérique méconnaissable, qui manie l’arme du chantage à l’aide militaire avec l’Ukraine, des droits de douane avec les pays européens au sujet du Groenland, ou qui coupe l’aide humanitaire aux pays du tiers-monde qualifiés de « pays de merde ».
Le soft power américain, patiemment construit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a disparu en moins d’un an d’une présidence chaotique, bruyante, grossière et violente, qui dessine un monde sans règles. En un an, l’Amérique s’est rendue détestable avec une jubilation à peine voilée, trop heureuse d’être crainte à défaut d’être respectée et encore moins aimée.
Roosevelt disait que « la seule chose dont il faut avoir peur est la peur elle-même ». La peur est aujourd’hui l’alliée de ce régime américain. Aux institutions et aux citoyens américains de s’en débarrasser et de relever la tête, et aux pays démocratiques « alliés » des États-Unis de prendre la mesure du changement en cours et de ne plus laisser la peur de l’abandon du parapluie américain les paralyser. C’est à ces conditions que le monde pourra éviter l’abîme dans lequel Trump veut le plonger.



