Un Conseil de la paix pour effacer les Palestiniens
L’aréopage créé par Donald Trump a surtout pour fonction de favoriser les projets d’annexion de Benyamin Netanyahou. En niant tout espoir aux Palestiniens.
Le « Conseil de la paix », instance sortie de la fiévreuse imagination de Donald Trump, a tenu sa séance inaugurale le jeudi 19 février à Washington. Au-delà de la famille Trump, dix-huit pays étaient représentés dans cette enceinte imaginée pour contourner l’ONU. De l’Europe, on retiendra deux adhésions, celles de la Hongrie et de la Bulgarie, qui vont payer un milliard de dollars chacun leur ticket d’entrée. Avec sa modestie habituelle, Trump a fixé l’objectif : « le Conseil de la paix va presque superviser les Nations unies », a-t-il souligné, tout en lançant une machine destinée précisément à rompre avec le multilatéralisme de l’ONU.
La veille de cette réunion historique, c’est à la Knesset de Jérusalem que l’histoire prenait un virage déroutant. Le parlement israélien – 120 députés – adoptait par 71 voix contre 13 un document demandant au gouvernement Netanyahou d’annexer la Cisjordanie. Ce texte, qui n’a pas valeur de loi, est passé à une large majorité et avec l’appui de plusieurs députés de l’opposition. L’annexion, dit encore le texte, correspond « au droit naturel, historique, légal » d’Israël.
Faut-il rappeler la résolution 181 de l’ONU de novembre 1947, qui prévoit le partage de la Palestine mandataire entre un État juif et un État arabe ? Ou bien les résolutions onusiennes adoptées après la guerre des Six Jours, qualifiant de « territoires occupés » la Cisjordanie et la bande de Gaza ? Ou encore l’accord d’Oslo, prévoyant l’établissement d’une Autorité palestinienne provisoire sur ces territoires.
La Knesset ouvre la voie à l’annexion
Le vote de la Knesset illustre l’évolution radicale de l’opinion israélienne. Les députés ont ouvert la voie à une logique d’annexion administrative impliquant des expulsions manu militari. À l’évidence, le cabinet dirigé par Benyamin Netanyahou s’appuie encore sur le traumatisme du massacre du 7 octobre pour avancer dans son programme. La colonisation de la Cisjordanie, le démantèlement de la vieille ville arabe de Jérusalem sont les points clefs de l’union scellée entre l’extrême droite suprémaciste et la droite nationaliste israélienne.
L’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Rosemary Di Carlo, a estimé que ces mesures renforcent en fait le contrôle par Israël de la Cisjordanie administrée par l’Autorité palestinienne et constituent « une annexion progressive de facto ». Cette petite phrase courageuse ne semble plus tout à fait dans la ligne du Département d’État, à moins que l’administration Trump ne joue sur plusieurs tableaux.
Depuis début février, le rythme de l’annexion s’est clairement accéléré en Cisjordanie. Une série de mesures administratives permet désormais aux Israéliens d’acheter facilement des terres palestiniennes. Jusqu’ici, seuls les Palestiniens avaient la possibilité d’acheter du terrain. Les Israéliens, eux, devaient passer par le truchement d’une société dûment reconnue pour enregistrer l’acquisition de parcelles. Le ministre d’extrême droite chargé des colonies, Bezalel Smotrich, a mis en route une machine bureaucratique destinée à accélérer l’extension coloniale. Il est vrai qu’il parle sans détour : « notre emprise sur le terrain met fin à l’idée de la création d’un État terroriste arabe au cœur du pays ».
Gaza et Jérusalem-Est sous pression
Même accélération à Jérusalem, à l’est de la vieille ville, autour du bourg de Silwan. Des Palestiniens, occupant parfois des maisons patriciennes depuis plusieurs générations, sont expulsés à un rythme soutenu. Les bulldozers sont à l’œuvre. À l’extrémité de l’ancienne Jérusalem-Est, non loin du mont des Oliviers, des projets immobiliers sont prévus avec le financement de fondations internationales. Au passage, le gouvernement Netanyahou vient d’annoncer que toute recherche archéologique sur l’ensemble des territoires palestiniens serait désormais de son ressort exclusif.
À Gaza, la « pax americana » reste en suspension dans un entre-deux incertain. Depuis le cessez-le-feu du 10 octobre imposé au Hamas, on est entré dans la phase deux du plan Trump. Elle doit en principe permettre le désarmement des islamistes. Mais le Conseil de la paix, qui a reçu un premier mandat de deux ans pour reconstruire l’enclave gazaouie, n’a aucune réalité sur le terrain. La petite structure administrative composée de quelque quinze Palestiniens présentés comme des technocrates indépendants ne s’est toujours pas manifestée. Et le comité exécutif coiffant cette équipe d’administrateurs fantômes ne peut se réunir qu’au Caire.
En revanche, la fragmentation de Gaza s’enracine au fil des semaines. À l’ouest, une zone verte sous le contrôle de l’armée israélienne ; à l’est, une zone rouge avec une succession de villages de toiles posés sur des gravats où survivent quelque deux millions de Palestiniens. Dans cette partie de l’enclave, le cessez-le-feu n’a pas mis fin aux accrochages, les Palestiniens ayant déjà comptabilisé quelque 509 victimes.
En réalité, Trump est le directeur d’un théâtre d’ombres baptisé « Conseil de la paix ». Derrière ce décor et après l’expulsion de Gaza des ONG qui pouvaient devenir des témoins gênants, on prépare un projet immobilier. En Cisjordanie, on change la propriété de la terre. À Jérusalem-Est, on expulse. À Washington, on aperçoit des silhouettes qui s’agitent sur la scène. Derrière, se joue l’anéantissement de la solution à deux États, seule à même de bâtir une paix durable. Et peut-être la dispersion du peuple palestinien.



