Un droit à la vie pour les Palestiniens

par Boris Enet |  publié le 26/07/2025

La décision d’Emmanuel Macron de reconnaitre, au nom de la France, l’État de Palestine n’est ni un élément de solution, ni même, et à plus forte raison, la solution à « La déchirure » proche-orientale. Elle relève bien davantage d’un impératif moral non contestable dont on aurait tant aimé que l’UE le fasse sien.

Emmanuel Macron lors du sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne à Bruxelles, le 26 juillet 2025. Les dirigeants européens y discutent des défis géoéconomiques et des développements en cours en Ukraine et au Moyen-Orient, avec Israël et Gaza, ainsi que de défense, de sécurité et de migration. (Photo Martin Bertrand / Hans Lucas via AFP)

La guerre et la politique ont partie liée. Mais la guerre, jamais, n’a pu justifier des actes de barbarie que la morale réprouve, depuis l’Antiquité. Les lois de la guerre, dont les Conventions de Genève, s’imposent dans un monde qui serait civilisé. S’en dispenser en prétendant répondre au pogrom par des bombardements incessants et la famine relève du crime de guerre, voire du crime contre l’humanité. C’est donc à juste raison que Netanyahou et l’ex-ministre de la Défense Gallant sont poursuivis par la Cour pénale internationale. Des poursuites utiles tout autant que celles contre le Hamas, mais qui ne se traduiront pas dans un avenir prévisible par un déferrement à La Haye.

Trump, Vance, Rubio couvrent en effet leurs obligés et apportent leur contribution aux assassinats quotidiens de civils à Gaza. Pas seulement parce que c’est une organisation fantoche américaine qui « distribue » l’aide humanitaire au compte-goutte en créant, a minima par incompétence, le piège mortel qui fait que des dizaines d’adultes et d’enfants affamés tombent sous les balles. La réaction du préposé diplomatique des États-Unis à Jérusalem à l’annonce de la décision française le prouve. Il s’est abaissé au bon mot ignoble pariant sur le fait que Paris proposerait la Côte d’Azur pour ledit État palestinien « France-en-Style ». Au bal des salauds où se pressent tous ces gens au front bas, tout est permis.

Reste, et il faut y voir un signe d’espoir, que la décision de Paris offre une petite lueur, fût-elle bien ténue. Les Palestiniens survivants des massacres y verront la promesse que demain, peut-être, l’extermination de tout un peuple sera évitée. Nullement à l’image des Barbares du Hamas, chantant victoire alors que leur responsabilité et celle de leurs parrains enturbannés de Téhéran sont entières. Qu’il s’agisse du calvaire sans fin des otages. Qu’il s’agisse de la désolation extrême des Gazaouis et des Cis-jordaniens tout autant causée par le refus du Hamas de se rendre, que par la vengeance meurtrière du gouvernement d’extrême-droite israélien, sans rapport avec le droit intangible d’Israël à se défendre.

En Israël où toutes les digues humaines et démocratiques ont sauté, à la Knesset, dans les colonies, dans l’armée défigurant tout un pays sur le passage des partis religieux et de celui qui a pactisé avec les fous du Grand-Israël. Imagine-t-on le drame qui se joue pour un citoyen israélien conscient, descendant du génocide des populations juives d’Europe ? Personne, le 4 novembre 1995 ne pouvait l’envisager par-delà la sidération. C’est comme si l’assassin de Rabin, Yigal Amir, avait passé le relais à Benjamin Netanyahu. Le premier était un religieux extrémiste simplet, le second est encore le Premier ministre d’Israël.

Et puis, quand l’Histoire frappe à la porte, le tri se fait sans crier garde. À Paris, le quintette de LR autour de Retailleau condamne le choix de Macron. Pas maintenant, proclament-ils en pensant jamais, un droit à la vie et même à un État pour les Palestiniens. À gauche, les trois mousquetaires de feu le NFP ne font guère mieux, feignant de voir dans la décision une mesure tardive qui en appellerait bien d’autres, plus radicales veulent-ils croire. Hors sujet ! D’autant que lorsque le temps sera venu de solder le drame, la conjugaison de deux entités politiques aussi dissymétriques – la solution de principe à deux États – nécessitera une déclinaison concrète – État binational, Fédération régionale.

Mais la question à l’ordre du jour est autre. Les Européens, de gauche et démocrates, ne peuvent que saluer l’initiative d’un poids lourd de l’attelage commun – après celles de la Finlande, de l’Irlande, du Danemark et de l’Espagne – et souhaiter que tous s’en emparent. Vite, l’urgence l’exige !

Boris Enet