Un Munich économique !

par Boris Enet |  publié le 28/07/2025

L’accord conclu entre Trump et la Présidente von der Leyen n’est pas acceptable. L’apprenti dictateur de la Maison blanche a beau avoir revêtu les habits du Néron des Amériques, l’Europe ne sera jamais Pompée.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, rencontre le président américain Donald Trump au club de golf Trump Turnberry, le 27 juillet 2025 à Turnberry, en Écosse. (Photo d'Andrew Harnik / Getty Images via AFP)

L’équation qui n’est pas comptable est connue de tous depuis le retour dans le Bureau ovale du prédateur narcissique. Tel Adenoid Hynkel faisant tournoyer la planète sur un doigt, il veut tout et le reste pour son empire great again. Lui céder reviendrait à capituler.

D’autres, moins puissants que l’UE s’y sont essayés et en paient déjà le prix fort. Londres, persuadée de la persistance « d’une relation spéciale » avec Washington doit en convenir après un deal qui signe un échec financier et diplomatique de Keir Starmer. Sans compter tous les pays qui ont mis leurs espoirs en la force de résistance de l’alternative européenne, économique bien sûr, mais surtout forte de ses démocraties et de son universalisme. Elle et elle seule, c’est ainsi, peut prétendre à la reconstruction d’un monde vivable où le droit équilibre au moins la force, à défaut de la contraindre. Trump, Xi Jinping, Poutine et consorts ne doivent pas l’emporter. C’est la première raison, Présidente, qui vous engageait à ne pas acter la reddition pour l’Union comme pour le reste du monde. Aujourd’hui, le nouvel « ordre » international règne. Notre Europe le subit.

Ensuite si la ronde des chiffres détaillés, à supposer que le roi des MAGA ne change pas d’avis, est souvent trompeuse, tout de même. Comment voir dans cette longue liste de courses américaines autre chose qu’une négation de toute réciprocité ? 15 % – sans aucune exception supplémentaire ! – pour l’affichage, au lieu de la menace de 30 % contre des marchés européens grands ouverts aux produits américains, ceux des géants de la tech en particulier. En quoi les excédents de part et d’autre en seraient rééquilibrés de manière équitable ? Les produits européens, effet dollar compris – de la quasi parité à une baisse de près de 13 % du dollar par rapport à l’euro -, seront handicapés de plus de 25 % de taxes par rapport à la situation qui prévalait au 20 janvier. Et tant qu’à faire, Néron a poussé l’avantage jusqu’à la caricature.

Des centaines de milliards d’achat d’énergie produite par les États-Unis lui sont promis. Or, chacun sait que cette production d’énergie fossile fait fi, outre-Atlantique, de toute préoccupation écologique. « Forez, Forez » disait MAGA premier. Autant dire que l’Accord de Paris s’en trouvera mécaniquement un peu plus mal. 

600 milliards d’investissements européens promis aux relocalisations de la production aux États-Unis qui n’iront pas bien évidemment à celles de l’Europe et de ses partenaires. De quoi satisfaire Pékin au passage qui pourra inonder l’Europe de ses produits. Cerise sur ce gâteau immangeable, l’Europe devrait acheter davantage de matériel militaire américain ce qui affaiblira d’autant ses industries de défense. Pauvre Ukraine ! Un Munich économique que vous n’auriez jamais dû accepter, Présidente, quand bien même des capitaines d’industrie à l’image de Bernard Arnault (LVMH) ou Oliver Blume (Volkswagen), soucieux de leurs seuls intérêts à courts termes, vous y invitaient. Ils croiront y avoir gagné en « visibilité », comme d’autres croyaient à la paix au Bourget au retour de Daladier de Munich. Ils méritent le qualificatif lucide de Daladier « Les cons » !

Un pareil coup de mou dans la gouvernance européenne interroge d’autant plus qu’elle ne peut qu’en appeler d’autres, au Groenland ou ailleurs. On n’arrête pas les dictateurs en leur laissant croire que tout leur est permis parce que nous l’acceptons par avance. Europe, réveille-toi ! 

Boris Enet