Un point de plus pour le RN

par Laurent Joffrin |  publié le 31/10/2025

En obtenant une majorité à l’Assemblée pour préconiser la dénonciation des accords avec l’Algérie, le RN, quoiqu’utilisant un moyen fort condamnable, a toutes les chances de convaincre une grande partie de l’opinion.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Accident parlementaire : une partie des députés de la gauche et du centre s’étant absentés pendant la « niche parlementaire » dévolue au Rassemblement national, celui-ci en a profité pour faire voter – à une voix de majorité – une résolution proposant d’annuler les accords de 1968 qui régissent les flux migratoires avec l’Algérie.

Cette résolution est indicative : seul le président de la République peut initier une telle dénonciation, qui se heurte à des obstacles juridiques importants. Elle est essentiellement symbolique et porte la marque d’une xénophobie assumée : il s’agit de réduire drastiquement le nombre d’Algériens susceptibles de venir s’installer en France, de manière à lutter contre la supposée « submersion migratoire » agitée sans cesse comme un épouvantail par le RN. Elle restera probablement lettre morte, le gouvernement préférant discuter avec les autorités algériennes pour réviser ces accords, comme pour obtenir – enfin – la libération de l’écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleize, injustement détenus par le pouvoir tyrannique d’Alger.

Elle est néanmoins importante. D’abord parce qu’elle accrédite un peu plus l’hypothèse inquiétante selon laquelle le « front républicain » anti-RN n’existe plus. Pour obtenir leur majorité, les nationalistes ont en effet bénéficié du soutien très officiel, revendiqué à la tribune de l’Assemblée, des élus de LR et du groupe Horizon d’Édouard Philippe, preuve que les idées du RN ne cessent de gagner en influence au sein de la droite classique, jusqu’à faire disparaître pour l’occasion le « cordon sanitaire » qui séparait les républicains des lepénistes.

Ensuite parce que l’argumentaire du RN, il faut bien le dire, convaincra beaucoup plus facilement l’opinion que les justifications souvent moralisantes que lui opposent ses adversaires. Largement corrompu et autoritaire, le pouvoir algérien s’appuie depuis toujours sur une « rente mémorielle » issue de la guerre d’Algérie, selon laquelle l’attitude de l’ancienne puissance coloniale est condamnable par nature, pour ainsi dire quoi qu’elle fasse.

Ainsi l’Algérie des militaires, sur deux points au moins, se comporte à l’égard de la France en État vindicatif et hostile : contre toutes le règles internationales, elle retient prisonniers deux citoyens français innocents, Boualem Sansal et Christophe Gleize, qu’elle utilise comme des otages, tel un État-voyou, pour faire pression sur le gouvernement français ; elle refuse depuis longtemps – là aussi en violation de la légalité internationale – d’accueillir chez elle ses propres ressortissants entrés illégalement en France et très régulièrement soumis à une obligation de quitter le territoire français.

Autrement dit, en prêchant la manière forte, et même si le moyen choisi est très condamnable, le RN met en lumière l’impuissance du gouvernement français à se faire respecter par les militaires algériens et diffuse l’idée que les partis républicains refusent toute idée de régulation de l’immigration. Cette situation, il faut le craindre, durera tant que les autorités françaises n’auront pas trouvé, avec l’Algérie, un modus vivendi équitable, quitte à prendre dans la négociation, une position plus ferme. On s’étonne ensuite que le RN dépasse de plus en plus nettement les 30% dans les intentions de vote…

Laurent Joffrin