Un socialiste à Matignon ?
Pour éviter la crise de régime, Emmanuel Macron tend la main au PS et parle d’une coalition nouvelle. Quel premier ministre dans cette hypothèse ? Entre Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, en passant par Boris Vallaud, Eric Lombard, Laurent Berger ou Pierre Moscovici, le choix est ardu.
Si Emmanuel Macron joue l’ouverture à gauche, ce devrait être lui. « La gauche est légitime à gouverner », affirme-t-il en Une de Libération en décrivant toutes les bonnes raisons pour lesquelles Emmanuel Macron doit changer de politique et accepter enfin de « taxer les riches », préalable indispensable au vote du budget par le Parti socialiste.
Premier ministre ? Raphaël Glucksmann a tout à y gagner. Il prendrait sa revanche de l’été 2024, quand son bon score aux européennes avait été confisqué par la création du Nouveau Front Populaire. Il prouverait qu’il sait s’occuper des Français, lui qui est perçu comme un spécialiste des questions internationales. Du même âge, il pourrait s’entendre avec Macron dont il partage la sensibilité sur le rôle de l’Europe dans le soutien à l’Ukraine. Il montrerait ses capacités, gagnées au Parlement européen à Strasbourg, à monter des coalitions. Il s’imposerait comme chef des sociaux-démocrates, lui qui se situe pour l’instant en marge du PS. Il ouvrirait enfin le jeu des alliances parlementaires aux macronistes de gauche, et anticiperait ainsi la nouvelle majorité, de la gauche et du centre, qu’il espère constituer afin de devancer au premier tour de la présidentielle le candidat LFI, Jean-Luc Mélenchon. Bref, il gagnerait en puissance dans sa course vers l’élection présidentielle.
La présidentielle, justement, voilà l’écueil. Raphaël Glucksmann est persuadé que l’ambition qu’on lui attribue l’empêcherait de gouverner, tant ses concurrents présidentiables dans sa propre famille politique lui mettraient des bâtons dans les roues. A commencer par ses deux frères ennemis : Olivier Faure qui affiche désormais sa stratégie d’unir autour de sa propre candidature la « petite gauche » constituée des écologistes, communistes et ex-insoumis, qu’il a fait applaudir par les militants socialistes à Blois ; François Hollande, qui convoite le même territoire que Glucksmann, et veut comme lui insérer la gauche anti-LFI, dans une coalition qui irait jusqu’au centre. Quant au troisième larron, Gabriel Attal, qui tient le groupe Renaissance à l’Assemblée, il a un positionnement trop proche de lui pour avoir envie de l’aider.
Glucksmann et les présidentiables une fois exclus, on ne voit pas plus le président nommer Olivier Faure ou Boris Vallaud, tant ces deux-là, artisans du Nouveau Front Populaire, n’ont cessé d’attaquer frontalement sa politique. Aux yeux de Macron, ils n’hésiteraient pas à casser son bilan et ne respecteraient pas les lignes rouges qu’il voudrait leur imposer.
Restent donc quelques outsiders. Laurent Berger serait un Premier ministre idéal dans ces temps socialement troublés. Mais l’accepterait-il, lui le syndicaliste qui s’est toujours tenu à l’écart de la politique ? Bernard Cazeneuve serait un candidat crédible. Mais il s’est trop éloigné pour pouvoir compter sur les voix des socialistes. Eric Lombard s’entend avec Emmanuel Macron et avec Olivier Faure ; ministre de l’Économie et des Finances, il maîtrise les questions budgétaires. Mais les socialistes lui en veulent de ne pas avoir négocié avec eux durant l’été. Et surtout, ils s’interrogent : celui qui a échoué une fois, aura-t-il l’envergure politique pour réussir la fois d’après ? Sans oublier que son patrimoine déclaré de 21 millions d’euros n’est pas dans l’air du temps.
Pierre Moscovici avait refusé Bercy avant qu’Éric Lombard ne le récupère : il ne dirait pas non cette fois, appuyé par une coalition de gauche. Ministre de l’Économie et des Finances sous François Hollande, commissaire européen, président de la Cour des Comptes, il ajouterait une corde décisive à son arc, lui qui rêve en secret de se lancer dans la course présidentielle. Mais dans le bazar parlementaire actuel, aurait-il les épaules politiques pour négocier ?
Au moment où Laurent Wauquiez dit que les LR ne censureraient pas un gouvernement PS ou RN ; où Nicolas Sarkozy prévoit une dissolution et donne son blanc-seing à la droite pour se rapprocher du RN ; et où circule sur internet une vidéo de Coluche ressuscité par l’intelligence artificielle qui se pose en leader du mouvement « Bloquons tout » le 10 septembre, tout paraît fou. Donc possible.



