Une agréable fin du monde
Il fait beau et chacun se réjouit. Pourtant cet ensoleillement inhabituel annonce un avenir bien sombre, dans l’indifférence de la plupart des gouvernements de la planète.
Une vague de chaleur saluée par les professionnels du tourisme pour ce premier pont de mai, des médias qui célèbrent en choeur le retour des beaux jours, les enfants qui font l’école buissonnière les pieds dans l’eau… Ce printemps démarre décidément magnifiquement bien si l’on en croit l’opinion majoritaire !
Or ces records de chaleur sont tout sauf une bonne nouvelle. Il n’a jamais fait aussi chaud au début du mois de mai en France. Sur les 40 derniers mois, 34 sont au-dessus des normes de température : le public le perçoit différemment à cause du manque d’ensoleillement de l’an dernier, mais cela n’a rien à voir.
Loin des yeux, loin du cœur : aucun JT n’a parlé de la vague de chaleur infernale qui fait bouillir l’Asie. De l’Euphrate aux contreforts de l’Himalaya, les Saoudiens, les Irakiens, les Indiens étouffent. Les températures sont 12°C au-dessus des normales de saison. Le Kazakhstan a connu sa nuit d’avril la plus chaude de l’histoire, l’Afghanistan enregistre 49°C, l’Ouzbékistan 40°C. Ces crises se feront plus fréquentes dans les décennies à venir. Et les conséquences promettent d’être catastrophiques : si demain l’Inde construit des barrages et se retire de l’accord sur le partage des eaux de l’Indus, comme elle a menacé de le faire cette semaine, condamnant l’agriculture pakistanaise à la sécheresse, que fera la puissance nucléaire qui lui fait face ? Les températures explosent partout sur la planète et « nous regardons ailleurs », comme disait Jacques Chirac.
Ces enjeux nous paraissent loin dans le temps et dans l’espace, et l’immensité de la tâche paraît insurmontable. Mais avant même d’entreprendre le changement civilisationnel nécessaire pour franchir le pas final de la décarbonation, on attend au moins que l’État ne sabote pas ce qu’il a déjà mis en place. Or le gouvernement vient de supprimer plus de 3 milliards d’euros de crédit pour la recherche, l’agriculture et la transition écologique. Ceux qui veulent défendre les agriculteurs mettent une cible dans le dos de l’Office national de la biodiversité, alors que la population des insectes a chuté de 80% ces deux dernières décennies en Europe. Sans eux, pas de pollinisation, donc pas de récolte. Les molécules de pesticides, elles, demeureront des décennies dans les sols, comme autant de témoins de nos lâchetés et compromissions présentes. Pendant ce temps, le gouvernement et les sénateurs LR climaticides ne voient pas plus loin que la prochaine élection.



