Une bonne allocution d’Emmanuel Macron
Une dissuasion « avancée », étendue à huit pays européens, et une position logique sur la guerre au Moyen-Orient : en s’adressant aux Français, le président de la République a marqué un point. Ses initiatives visent à remettre la France – et lui-même – au centre de la scène politico-diplomatique.
Il a fait court, simple et déterminé. La gravité de la situation internationale a redonné, depuis quelques jours, à Emmanuel Macron une stature politique qu’on avait oubliée. Il a mis à profit son expérience de chef d’État, la plus longue parmi ses partenaires européens, pour se hisser au niveau des événements.
Une posture de chef d’État
Déjà salué la veille par la plupart des pays européens pour son engagement à l’Île Longue en faveur d’une « dissuasion avancée » impliquant la coopération de huit pays européens, Emmanuel Macron a pris la parole devant les Français pour expliquer sa position sur la guerre au Moyen-Orient.
Pour lui, la dangerosité du programme nucléaire iranien et l’accroissement de ses capacités balistiques ont conduit les États-Unis et Israël à attaquer l’Iran. Les Iraniens faisaient, de surcroît, planer un risque sur la région en poussant à l’action leurs proxys, le Hamas et le Hezbollah, dont l’objectif affiché est de détruire l’État d’Israël. Par ailleurs, les négociations sur l’arrêt du nucléaire ne progressaient plus. Enfin, il justifie l’élimination de l’ayatollah Khamenei, en affirmant qu’« aucun bourreau ne sera regretté ».
Entre fermeté et appel au droit international
Emmanuel Macron prend néanmoins ses distances avec cette guerre dont les opérations sont conduites, regrette-t-il, « en dehors du droit international ». Avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, la France réclame donc l’arrêt des frappes et la reprise des négociations diplomatiques. C’est au peuple iranien de se saisir de son destin, ajoute-t-il, et non aux États-Unis ou à Israël.
On pourrait en sourire, sachant à quel point Donald Trump et Benyamin Netanyahou se moquent de la position des Européens. Aussi bien, on connaît la propension de Trump à tourner en dérision les interventions d’Emmanuel Macron. Mais il faut bien reconnaître que le président français a tenu une position claire et compréhensive sur le déclenchement de la guerre tout en restant ferme sur la nécessité d’y mettre fin rapidement.
Outre le renforcement de la sécurité de nos bases militaires, de nos ambassades et de nos intérêts dans les pays où la France est présente, elle joue sa crédibilité en tenant son rôle à côté de ses alliés. Il s’agit du Qatar, du Koweït, des Émirats arabes unis, sans oublier la Jordanie et, enfin, l’Irak, où la France demeure en lien avec les Kurdes.
Il s’agit aussi d’assurer la sécurité de nos 400 000 compatriotes qui vivent au Moyen-Orient et de rapatrier en France les plus fragiles. Deux vols ont atterri dès ce soir à Paris. Sentinelle est mobilisée sur notre territoire pour éviter toute menace terroriste. La France a abattu plusieurs drones dans le ciel de nos alliés et déployé des Rafale et des systèmes de défense aéroportés. Elle a enfin envoyé son porte-avions, le Charles-de-Gaulle, faire route vers la Méditerranée pour participer à la sécurisation du trafic des voies maritimes.
Même si Emmanuel Macron sait , au fond de lui, que sa prise de position n’aura guère d’influence sur la suite des opérations, il a voulu tenir son rang. Il a plaidé à l’Île Longue pour faire naître, sous l’égide de la France, une dissuasion nucléaire européenne, avec des exercices testés entre neuf pays européens. Pour une fois, la classe politique, unanime, de Mélenchon à Marine Le Pen, a salué le fait que le président de la République ait conservé, dans le cadre de la « dissuasion avancée », le contrôle total et souverain sur la décision ultime d’appuyer sur le bouton nucléaire. En ces temps troublés, on mesure subitement l’importance, concrète et symbolique, du pouvoir qui lui est octroyé.



