Une diplomate ne devrait pas dire ça
Une bonne diplomate doit demeurer discrète et réfléchir avant de lancer des anathèmes. Un adage que Kaja Kallas, chargée de la politique étrangère de l’UE, semble avoir oublié.
Comment passer de la tête du gouvernement d’un petit pays d’un million d’habitants à celle de la diplomatie d’un continent de 450 millions de citoyens ? C’est l’impossible mue qu’a pourtant essayé d’opérer Kaja Kallas, ancienne Première ministre libérale d’Estonie, fille de Premier ministre, et actuelle Haut-représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la sécurité.
Moins visible que celui de la présidente de la Commission, son rôle reste cependant central : alors que la position et les fondements même de l’UE n’ont jamais semblé si fragiles, c’est à elle que revient l’ingrate mission de coordonner les positions des 27 chancelleries. Entre la Hongrie d’Orban, complaisante avec la Russie et amie de Tel-Aviv, et l’Espagne de Pedro Sanchez, très critique des opérations militaires israéliennes à Gaza, cela ressemble le plus souvent à la quadrature du cercle.
Or, les obsessions antirusses de l’Estonienne ne sont pas sans faire grincer des dents à Bruxelles. Sous le voile de sources anonymes, Le Monde a fait écho aux critiques de diplomates européens qui regrettent son manque de tact et son désintérêt pour des sujets sensibles, comme les relations euro-africaines. Le plus important dossier diplomatique de l’année, les droits de douanes américains, a été directement géré par Ursula von der Leyen, plus expérimentée que sa vice-présidente.
Dans un forum de discussion à l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne en début du mois, Kaja Kallas a tenu de graves propos révisionnistes. Alors que la Russie s’adressait [récemment] à la Chine en ces termes : « Nos deux pays ont combattu ensemble pendant la Seconde Guerre mondiale, nous avons gagné la Seconde Guerre mondiale, nous avons vaincu les nazis. », la jeune femme a commenté en anglais : « Voici quelque chose de nouveau ». Et non contente d’avoir étalé son inculture, l’intéressée poursuit : « cela soulève beaucoup de questions dans votre tête, mais vous savez, aujourd’hui, les gens ne lisent plus et ne se souviennent plus de l’Histoire ».
Que la « ministre » des Affaires étrangères ait l’éloquence d’une collégienne n’est pas ici le principal problème. Peu avant ce passage embarrassant, madame Kallas parle de « la bataille des narratifs » que chaque État essaie de manipuler à son avantage. Est-ce désormais la position officielle de l’UE de nier les 25 millions de morts soviétiques et les plus de 20 millions de morts chinois, tués entre 1937 et 1945 par l’armée impériale japonaise ? Non commentée en France, cette déclaration a fait l’effet d’une bombe en Chine, où le porte-parole du ministère des Affaires Étrangères a dénoncé des propos « plein de parti pris idéologique et absurdes ».
Plutôt que d’utiliser des méthodes de manipulation de l’Histoire propres aux régimes totalitaires, elle devrait plutôt s’attacher à la véracité des faits. Les mensonges historiques portent les germes des guerres : avant d’envahir l’Ukraine, Poutine avait publié un opuscule dans lequel il niait l’existence de la nation ukrainienne et qualifié son indépendance en 1991 d’erreur. Est-ce là le chemin que veut emprunter la Commission européenne ?



