Une Europe offerte au vainqueur
L’accord conclu entre les États-Unis et l’Union européenne consacre la victoire de la brutalité américaine sur les règles d’un libre échange dépassé. Ce n’est pas la fin d’une négociation, mais le début d’une escalade.
Comme si l’Europe avouait sa culpabilité d’avoir spolié les États-Unis et devait expier, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a accepté un accord totalement asymétrique avec le président américain Donald Trump. De façon illégitime – sauf à considérer que le chantage fait loi – les exportations européennes vers les États-Unis subiront des droits de douane de 15%, alors que les produits américains pourront entrer sur le sol européen quasiment libres de taxes. Une concurrence totalement déloyale va s’instaurer au bénéfice d’un adversaire économique pesant plus lourd que l’Union européenne, dont on imagine mal qu’elle aurait pu le duper comme l’affirme le président américain pour tenter de justifier qu’il lui torde aujourd’hui le bras.
Les États-Unis sont les seuls coupables de leur désindustrialisation. Les entreprises ont délocalisé leurs productions pour maximiser leurs profits, elles ont collé aux standards de consommation des Américains qui ne correspondent pas – comme dans l’automobile – à ceux des Européens, d’où leurs contre-performances à l’export. Mais pour Donald Trump, peu importe que la guerre déclarée à ses alliés d’hier, en Europe, au Japon ou au Canada, soit justifiée ou non : seul compte l’intérêt américain, devrait-il être défendu avec une totale mauvaise foi si la brutalité la soutient.
En acceptant cet accord déséquilibré au prétexte qu’il limite les foudres dont le président américain avait menacé l’Europe, la Commission européenne décerne une prime à l’outrance dans les rapports commerciaux. Ce faisant, elle prend acte de la fin des conventions internationales qui régissaient le commerce mondial et que Donald Trump a torpillées. Le nouveau mode opératoire des États-Unis dans la guerre économique introduit des risques d’escalade dans les rapports de force qui pénaliseront la croissance mondiale au bénéfice des plus puissants. Et tant pis si le vainqueur dans ces négociations est aussi un pays qui tourne le dos à la lutte contre le réchauffement climatique en poussant les feux de son industrie pétrolière.
L’Allemagne et l’Italie, les pays les plus empressés à éviter tout clash avec les États-Unis, ont insisté pour que la Commission trouve le même genre d’accord que le Japon avec Washington. Mais la hausse des droits de douane américains va engendrer de multiples dommages collatéraux, à commencer par la fuite des investissements d’industriels européens aux États-Unis, à l’image de Volkswagen qui va construire une usine Audi outre-Atlantique pour éviter les droits de douane, ou de Stellantis qui, bien qu’européen, opère un virage stratégique vers les États-Unis et sera désormais dirigé depuis Detroit.
Dans l’industrie pharmaceutique, Sanofi va chercher à conserver ses parts de marché en développant ses capacités américaines, comme Astra Zeneca. On ne s’étonnera pas de voir LVMH construire une nouvelle usine au Texas. Et ce ne sont que des exemples. Autant de pertes d’emplois en perspective pour les pays européens au moment où ils cherchent à recouvrer une souveraineté industrielle de plus en plus illusoire. Sans parler, pour les consommateurs européens, des augmentations de prix des entreprises impactées qui ne pourront absorber le surcoût des nouveaux droits de douane en rognant uniquement leurs marges, au risque de voir leurs actionnaires faire défaut.
Sur les autres volets de cet accord, on ignore encore les détails concernant le volume des achats européens d’hydrocarbures américains, et quels produits l’Europe s’est engagée à acquérir aux États-Unis. Mais il est en revanche certain que les GAFAM, qui devaient écoper d’une fiscalité spécifique dans l’Union européenne, échapperont à cet impôt alors qu’ils sont les champions de l’évasion fiscale. Autant de défaites concédées par l’UE alors qu’un autre bras-de-fer s’annonce avec la Chine.



