1940 : une histoire de la débâcle
La Déconfiture est une œuvre singulière, à la fois pudique et percutante, interrogeant notre mémoire collective sans hausser le ton.
Avec La Déconfiture, Pascal Rabaté nous emmène dans les coulisses méconnues de la Seconde Guerre mondiale : non pas sur les champs de bataille où s’écrivent les grandes pages d’Histoire, mais dans les chemins poussiéreux où errent les soldats désemparés, vaincus avant même d’avoir combattu. Nous sommes en juin 1940. La France s’écroule, et avec elle les illusions de grandeur militaire. C’est dans ce moment de bascule que Rabaté ancre son récit, explorant les replis d’une mémoire collective très française.
Le héros du récit – ou faudrait-il parler d’anti-héros ? – est un simple soldat, Joseph Rabut, dont la principale mission devient vite de fuir plutôt que de se battre. Un homme anodin, ni foncièrement bon, ni foncièrement mauvais, plutôt attachant dans sa maladresse et sa débrouillardise, qui permet à Rabaté de brosser un portrait d’ensemble de la débâcle d’un pays, vécue non pas comme un acte historique, mais comme une suite de mésaventures, de confusions et de renoncements. On y observe la peur, la honte, le sentiment d’abandon, mais aussi des instants de solidarité fugaces.
Le dessin en noir et blanc, nerveux et sobre, colle parfaitement à l’atmosphère du récit : il traduit la poussière, la fatigue, l’urgence, sans en faire trop. Rabaté n’a pas besoin d’effets spectaculaires pour nous plonger dans l’époque ; tout passe par les regards, les gestes, les silences. Une narration, dépouillée mais efficace, qui joue sur le rythme lent de la fuite et la pesanteur de l’inconnu.
Il n’y a ni vainqueur, ni héros, seulement des hommes ballottés par l’Histoire. Rabaté ne cherche pas à reconstruire un récit glorieux : au contraire, il montre l’effritement, le désarroi et l’absurdité. C’est ce regard lucide, presque tendre, qui donne toute sa force au récit. La Déconfiture rappelle que les grandes défaites s’écrivent aussi à hauteur d’homme, loin des discours officiels, dans la boue des chemins et la solitude des anonymes.
La Déconfiture, Pascal Rabaté, éditions Futuropolis, 96 pages, 19 €



