Une jeunesse oubliée
On a sans doute raison de créer un service militaire volontaire en France. Mais est-ce le seul message à envoyer aux jeunes générations ?
Les jeunes ? Les partis politiques en parlent peu, sinon pour y voir un problème : la délinquance « des jeunes », le chômage « des jeunes », la santé mentale « des jeunes ». Alors un énième rapport qui nous apprend ce que nous savons déjà, comme une bouteille à la mer dont on s’abstiendrait de lire le message. Pourtant la situation est connue : si l’accès à la propriété n’était pas impossible sans héritage, si le travail payait convenablement, si le réchauffement climatique ne menaçait pas la survie de la civilisation avant la fin du siècle, alors sans doute que nos jeunes se porteraient mieux. « Ce n’est pas facile d’avoir 20 ans en 2020 », disait Emmanuel Macron. Pas certain qu’en avoir 25 en 2025 soit plus réjouissant.
Depuis 2017, les moins de 25 ans n’ont guère été choyés par un président qui a imposé une réforme du bac inepte, un système d’affectation post-bac inefficient, une politique de l’emploi génératrice de précarité. Son gouvernement n’a eu cure des longues files d’attente d’étudiants devant la soupe populaire. Entre le macronisme et la jeunesse, la greffe n’a jamais vraiment pris. Le jeune étudiant urbain vote Mélenchon et l’ouvrier ou l’employé Marine le Pen, bien plus rarement pour la droite traditionnelle ou le parti présidentiel.
Au vrai, le mouvement touche l’ensemble de l’Europe et de l’Amérique du Nord : l’Occident aime-t-il sa jeunesse ? Aux Etats-Unis, le chômage des jeunes atteint 9,2%, un record depuis la pandémie. Les jeunes diplômés ne sont pas épargnés : ils sont 25,3% à ne pas avoir d’emploi et à en chercher, ce qui est le double du niveau atteint… après la crise de 2008. Et la tendance ne va pas s’améliorer : Mohamed Kande, président du géant du conseil PwC, estime que l’IA va supprimer des centaines de milliers de postes de juniors. Boutés hors de l’emploi, les jeunes le seront aussi de l’une des plus grandes joies de l’existence : la hausse du coût du logement a empêché la naissance de 13 millions de bébés aux Etats-Unis depuis 1990.
Enfin, la question du contrat social entre les générations se pose d’autant plus que les inégalités ne cesseront de se renforcer à mesure que les 9 000 milliards d’euros de patrimoine de la génération des baby-boomers changeront de mains. L’héritage renforcera la position sociale et économique des heureux élus tandis que l’incitation à travailler continuera à s’éroder en même temps que le pouvoir d’achat immobilier. Que restera-t-il alors de la promesse républicaine d’égalité et de la démocratie, lorsque les classes moyennes , avec les diplômés et les héritiers d’un côté de la barrière, et les moins favorisés et leurs rejetons de l’autre ? Propriétaires de rien, précaires malgré les diplômes, à l’heure de la désinformation de masse et du populisme… Pas besoin d’être prophète pour le prévoir : la colère s’exprimera et quelqu’un saura en profiter.



