Venezuela : la faute des Européens

par Boris Enet |  publié le 04/01/2026

À force de différer la confrontation, de louvoyer et de cirer les bottes du Néron des Amériques, les démocraties ont encouragé celui qui ne respecte que la force à ne plus rien respecter du tout.

Cette image, publiée sur le compte Truth Social du président américain Donald Trump le 3 janvier 2026, montre le président vénézuélien Nicolás Maduro à bord de l'USS Iwo Jima après sa capture par l'armée américaine le même jour. (PHOTO HANDOUT / US PRESIDENT DONALD TRUMP'S TRUTH SOCIAL ACCOUNT / AFP)

Aucune injonction raisonnée n’arrêtera Trump, aux États-Unis comme ailleurs sur la planète. L’animal a échappé à ses dompteurs et agit pour sa « gloire » en violant toutes les règles du droit international. Le bombardement du Venezuela et l’arrestation du dictateur Nicolás Maduro n’en sont que le dernier exemple. Il annonce d’autres crimes plus graves encore, ceux de Poutine tolérés au nom de la complicité qui les lie ou ceux de Xi Jinping contre Taïwan au nom du précédent vénézuélien. L’Europe elle-même n’est pas à l’abri d’un débarquement de troupes américaines au Groenland.

Munich diplomatique à Bruxelles

Il aura fallu plus de quatre heures pour que tombe enfin une réaction européenne. Bien sûr, l’on s’est consulté au plus haut niveau, les couards se démenant pour atténuer autant que possible le message. On a tout de même appelé « à la retenue » en se référant au droit international, mais sans condamner explicitement. On a connu Kaja Kallas, Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, mieux inspirée. La faute est sans doute collective et les ténors européens n’ont pas été à la hauteur, ni la présidente Von der Leyen, ni Macron, ni Merz, ni aucun autre.

Trump devant la Cour pénale internationale

Pourtant les outils diplomatiques existent. La Cour pénale internationale (CPI) n’est pas une instance poussiéreuse. Plus de cent-vingt pays y souscrivent, soit environ deux tiers des États de la planète. Aucune autre instance juridique ne peut revendiquer une plus grande représentativité. C’est donc à La Haye que Maduro peut bénéficier d’un procès équitable et non devant une Cour américaine. C’est là encore que Poutine ou Netanyahu devront comparaître. Et c’est aussi la CPI qui devrait instruire le procès de Trump pour ses violations répétées du droit international et spécialement des droits de l’homme. Le dire, le défendre et y associer le plus grand nombre de partenaires serait à cette heure le meilleur moyen de préserver – ou de reconstruire – un ordre démocratique international menacé dans ses fondements.

Les libertés publiques à Caracas

De la fin des années Chavez à la mise en coupe réglée du pays par Maduro, le Venezuela a vu ses libertés démocratiques inexorablement étouffées. C’est leur rétablissement qui est prioritaire. À supposer que la proposition de Madrid d’y aider soit retenue, c’est par là qu’il faut commencer. L’opposition emmenée par une Maria Corina Machado, femme de droite voire d’extrême-droite, intronisée par un Nobel de la paix bien imprudemment attribué, en offre-t-elle la garantie ? Probablement non.

Boris Enet