Venezuela : les vrais objectifs de Trump

par Sébastien Lévi |  publié le 05/01/2026

Il faut être naïf pour penser que Trump a voulu libérer le peuple vénézuélien. Ses motivations découlent de son insatiable appétit de puissance.

Le directeur de la CIA John Ratcliffe, le président Donald Trump et le secrétaire d'État américain Marco Rubio à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, suivant en direct la mission militaire américaine visant à capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro le 3 janvier 2026. (PHOTO HANDOUT / US PRESIDENT DONALD TRUMP'S TRUTH SOCIAL ACCOUNT / AFP)

Le régime de Maduro est détestable et n’est fort d’aucune légitimité démocratique, en particulier depuis les élections truquées de 2024. Ce n’est donc pas le « peuple vénézuélien » qui est la première cible de ce raid américain, aussi contestable soit-il. Il faut le culot et la mauvaise foi de LFI pour le prétendre, avec un appel à manifester pour le soutenir auquel n’ont jamais eu droit les peuples iranien, ukrainien ou Ouïghours…

Dans un monde de plus en plus binaire, il demeure néanmoins possible, voire essentiel de se réjouir de la chute de Maduro et de condamner dans le même temps la méthode employée pour y parvenir.

Narcotrafic, pétrole … et affaire Epstein

Trump n’a que faire des aspirations démocratiques légitimes du peuple vénézuélien. Outre les attaques répétées contre la démocratie aux États-Unis, sa proximité avec des autocrates tels qu’Erdogan ou Mohammed Ben Salman, son admiration à peine cachée pour Xi Jinping ou Poutine, ou encore son mépris pour l’Europe et sa démocratie libérale devraient dessiller les yeux des plus naïfs. Il est d’ailleurs symbolique que sa décision de frapper le Venezuela n’ait même pas été discutée et encore moins approuvée par le Congrès américain, en violation des usages et de la Constitution américaine.

L’argument du narcotrafic est un mensonge qui ne trompe personne, alors même que Trump vient de gracier l’ex-président hondurien condamné pour trafic de drogue. Cette intervention porte le sceau de deux piliers du trumpisme : l’affairisme et la diversion.

Au mois de décembre, le président américain avait publiquement lié la pression sur le Venezuela à la question pétrolière, dont le pays détient les plus importantes réserves de la planète. Il vient d’ailleurs de répéter que les États-Unis joueraient un rôle majeur dans l’exploitation du pétrole vénézuélien à l’avenir. Quant à la diversion, elle concerne l’affaire Epstein, comme évoqué dans ces colonnes le 18 novembre dernier, sur le modèle du film « Wag the Dog » de Barry Levinson.

Un ordre international sans contraintes

La chute de Maduro est objectivement une bonne nouvelle. Mais la méthode employée pour y parvenir enterre définitivement toute notion d’ordre et de droit international, un cadre jugé obsolète par des autocrates comme Poutine hier … et par un dirigeant « démocratique » comme Trump aujourd’hui.

Cette intervention contre Maduro est ainsi la première, mais sans doute pas la dernière, mise en application de la nouvelle doctrine stratégique américaine présentée en décembre. Elle est aussi un avertissement à peine voilé aux pays qui se mettraient en travers de la route des Américains demain, comme par exemple le Danemark au sujet du Groenland. Elle est enfin, et surtout, un feu vert à tous les pays tentés de faire la même chose dans leur propre « sphère d’influence ». Il s’agit plus largement d’une illustration de l’ordre mondial auquel Trump aspire, sans règles ni contraintes, intérieures ou internationales.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis