Vers une extension de la guerre au Soudan ?
La guerre civile au Soudan pourrait s’étendre au-delà de ses frontières, notamment à cause du soutien des Émirats arabes unis à Hemetti, le chef rebelle des Forces de Soutien Rapide.
Les Émirats arabes unis sont connus de longue date pour leur manque de respect des règles du commerce mondial. Ils sont ainsi les clients privilégiés des marchands d’armes du monde entier à qui ils permettent de s’affranchir des décisions d’embargo contre tel ou tel État. C’est également vers eux que convergent une bonne partie des trafics illicites d’or et de pierres précieuses, dont Dubaï est devenu un des premiers marchés au monde.
Ils fournissent ainsi à Hemetti, le chef rebelle des FSR, une grande partie de son approvisionnement en armes, comme en équipements divers. Leur investissement au Soudan est ancien et important, particulièrement dans les domaines agro-alimentaire et industriel. La victoire d’Hemetti consacrerait leur influence sur le Soudan, mais aussi leur ascendant au sein des États du Golfe Persique dans cette guerre par procuration qu’ils se livrent entre eux à travers le Soudan.
Mais pour ce faire, les EAU ont besoin de bases logistiques à proximité. Bases qu’ils ont trouvées au Tchad, typiquement en réaménageant l’aéroport d’Am dia rass dans l’est du pays, comme ils l’avaient déjà fait en Libye.
Or, au Tchad, l’accord passé entre les EAU et le chef de l’État Deby passe mal. En particulier auprès de la communauté Zaghawa, une des plus influentes, vivant à cheval entre les deux pays. Une partie significative de la communauté a en effet déjà défendu Bourhane contre Hemetti et a même pris les armes pour aller défendre El-Fasher, la principale ville du Nord-Darfour assiégée depuis des mois par les FSR.
Deby lui-même est lié par son père au Zaghawas et est donc considéré comme un traître par beaucoup, dont certains de ses opposants les plus farouches. Malgré les nombreux démentis officiels et les tentatives pour rassurer la communauté Zghawa, preuve est aujourd’hui faite, par un rapport de l’ONU, de la connivence, moyennant finances, entre Deby et les EAU.
Ces derniers y trouvent la base logistique souhaitée et Deby tente de mettre en avant l’aide qu’il peut apporter aux centaines de milliers de réfugiés soudanais fuyant les combats. Mais la tension est aujourd’hui si forte que Bourhane, attisé par les Zaghawas qui le soutiennent, est désormais prêt à attaquer le Tchad qu’il considère, par le truchement des EAU, comme un allié d’Hemetti, et qu’avec les EAU toujours, il accuse de complicité de génocide.
Cette attitude du chef de l’État tchadien ne plaît guère à certaines puissances, dont les États-Unis. Ces derniers n’ont jusqu’ici pas pris officiellement position dans le conflit même s’ils sont suspectés de soutenir Bourhane. Mais ils comptent sur leur allié le plus fidèle, l’Arabie Saoudite, pour neutraliser les EAU. C’est ce que l’on a pu observer récemment dans la menace faite à Deby par les autorités saoudiennes s’il ne cessait pas son aide logistique aux EAU.
Mais le concours financier des EAU est tel que Deby peut ne pas céder, si l’on en juge par certaines sanctions prises tout aussi récemment à l’encontre de différentes personnalités zaghawas influentes. Les EAU envisagent, par ailleurs, une démarche comparable vis-à-vis de la Centrafrique où ils pourraient trouver une autre base logistique. Ce qui supposerait un accord implicite des Russes, tant le pays est soumis à leur influence.
Même si les Russes sont encore assez prudents quant à l’issue de la guerre civile – leur préoccupation première étant d’obtenir leur base navale à Port-Soudan -, il n’est pas impossible que les EAU obtiennent gain de cause, car les Russes ont eux-mêmes besoin de vols réguliers à destination de Dubaï ou d’Abou Dabi par lesquels ils blanchissent tous leurs trafics de pillages illicites, depuis la Centrafrique, le Sahel ou le Soudan lui-même.
La Centrafrique pourrait ainsi être elle-même entrainée dans la guerre. Par voie de conséquence, la tension pourrait monter encore entre États du Golfe. De même, les Américains comme les Russes pourraient être amenés à préciser voire à durcir leurs positions respectives.
Au Soudan comme au Kivu, en Afrique, la nouvelle Guerre Froide n’est jamais très loin.



