Vladimir Netanyahu

par Sébastien Lévi |  publié le 07/08/2025

La volonté affichée par Netanyahu d’intensifier la guerre à Gaza illustre sa parenté de plus en plus marquée avec le président russe Poutine dans sa manière de diriger le pays, particulièrement depuis la guerre provoquée par le massacre du 7 octobre.

Des soldats israéliens à bord de véhicules blindés de transport de troupes près de la frontière avec la bande de Gaza, le 6 août 2025. De hauts responsables ont confirmé l'intention du Premier ministre Benjamin Netanyahou d'obtenir l'« occupation totale » de la bande de Gaza. (Photo Amir Levy / Getty Images via AFP)

Netanyahu entend affaiblir les contre-pouvoirs comme l’a fait Poutine, et transformer profondément la nature de la démocratie israélienne, pour en faire un régime illibéral. Après s’être attaqué, dès 2015, aux media, aux universités et aux organisations non-gouvernementales, il s’est attaqué à la Justice en 2023. Cerné par les affaires de corruption, il a donné carte blanche à son ministre de la Justice Levin pour enlever quasiment tout pouvoir à l’autorité judiciaire, provoquant des manifestations monstres entre mars et octobre 2023.

Cette pression populaire, qui avait contraint le gouvernement à reculer provisoirement, a cessé devant l’urgence sécuritaire après le 7 octobre. Justifiée et nécessaire (au contraire de la guerre contre l’Ukraine), la guerre contre le Hamas allait progressivement devenir pour Netanyahu une fin en soi et l’assurance vie de son pouvoir, comme pour Poutine.

Elle permet en effet à Netanyahu de reporter toute commission d’enquête pointant sa responsabilité, qui pourrait conduire à sa démission. Cette guerre sans fin est aussi une condition du soutien de ses partenaires d’extrême-droite qui veulent s’en saisir pour réaliser leur rêve d’expulser les Palestiniens de Gaza pour y installer des Juifs israéliens à leur place.

Non contents de les battre (volonté nécessaire dans le cas du Hamas), Netanyahu comme Poutine traitent leurs ennemis comme des impostures. Pour Poutine, l’Ukraine n’existe pas et appartient à la grande Russie. On retrouve cette approche chez Netanyahu et plus encore chez des membres de sa coalition, qui dénient aux Palestiniens (bien au-delà du Hamas) le qualificatif de peuple et plus encore de nation, et qui excluent pour eux tout indépendance nationale.

Netanyahu et Poutine présentent les guerres de Gaza et d’Ukraine comme des guerres de civilisation et se voient comme les défenseurs des valeurs traditionnelles et même de l’Occident, avec le soutien de relais en Europe et aux États-Unis. Enfin, ils utilisent chacun à sa façon l’hostilité contre leurs pays et leur isolement croissant pour leur propre bénéfice politique, essayant de recréer un mouvement d’union sacrée. Ce dernier point commun entre les deux hommes illustre d’ailleurs les différences majeures qui existent encore entre la Russie et Israël.

Des élections sont prévues en 2026 en Israël, la presse y est libre malgré les coups de boutoir de Netanyahu, les manifestations anti-gouvernementales y sont autorisées et massives, et aucune union sacrée n’existe autour de Netanyahu, plus impopulaire que jamais. Malgré le traumatisme, la société israélienne demeure profondément démocratique et pas prête à accepter toute la propagande de son gouvernement. La politique de la « chair à canon » que Poutine pratique, en sacrifiant des centaines de milliers de Russes pour une guerre d’agression, n’est pas acceptable en Israël, fut-ce pour une guerre légitime au début mais qui ne l’est plus aujourd’hui inutile pour une majorité d’Israéliens.

Alors que Netanyahu exploite cyniquement la guerre pour se maintenir au pouvoir et reprendre de plus belle la réforme judiciaire suspendue en 2023 devant la pression populaire, Israël est à la croisée des chemins pour rester une démocratie libérale et ouverte sur le monde, ou devenir un régime illibéral nationaliste, sur le modèle de la Russie. Les citoyens israéliens sont aujourd’hui la dernière digue contre cette dérive entamée par leur premier ministre. Sauront-ils empêcher que la poutinisation de Netanyahu ne conduise à la russification de leur pays ?

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis