Xavier Bertrand, l’inattendu
En prononçant un vibrant plaidoyer pour la culture, le président de la région des Hauts-de-France fait entendre une voix précieuse. On aurait aimé qu’il en soit de même au sein de la gauche.
On a parfois de bonnes surprises, c’est suffisamment rare pour être noté. Ce fut mon cas dimanche dernier, 7 décembre, en écoutant l’émission de France Inter, « Questions politiques », dont l’invité était Xavier Bertrand. J’écoutais d’une oreille distraite – les temps politiques sont durs, les orateurs bien faibles – lorsque l’on demanda à Xavier Bertrand de choisir sa carte blanche, un des principes de l’émission qui permet à l’invité de parler de ce qu’il veut. Sans hésitation, et avec une fougue à laquelle nous ne sommes plus habitués, il répondit : « la culture ! C’est un combat essentiel qui permet de s’ouvrir, de se grandir. En 2027, la culture doit rentrer dans le socle administratif commun, être au cœur du projet politique ».
Et de se lancer dans un vibrant plaidoyer pour le livre et les états généraux de la lecture, seul moyen de lutter contre l’abus des réseaux sociaux, de défendre la liberté contre la soumission. Ce n’était pas tout : il enchaîna avec des paroles fortes pour soutenir le service public audiovisuel de la télévision, garantie du pluralisme, rappelant que 69% des Français sont attachés au service public, à France télévisions, et qu’il ne fallait pas y toucher. Les oreilles de madame Dati ont dû siffler…
Et pour terminer, il fustigea un député du Rassemblement national, monsieur Chenu, qui veut supprimer le Centre National du Cinéma (CNC) au motif qu’il soutient des films qui n’ont pas de succès et qu’il faut laisser le marché choisir, et arrêter de défendre des films confidentiels. Vieille rengaine : j’ai déjà eu, dans ces colonnes l’occasion de critiquer le rapporteur du budget, Charles de Courson, qui débitait les mêmes âneries : comment sait-on d’avance si un film a du succès ? Juge-t-on un film ou un livre, ou n’importe quelle oeuvre d’art, à l’aune de son succès immédiat ? Le cinéma français, grâce à son système de soutien, est l’un des rares à résister à l’industrie américaine ; dire le contraire, en ce moment surtout, relève de l’inconscience ou de la vassalité chère au président des États-Unis.
Tout cela, Xavier Bertrand , le disait et j’étais à la fois ravi et surpris, me demandant comment ces paroles fortes n’étaient jamais prononcées à gauche. Croyez-moi, je tends l’oreille sur ces sujets, il y a belle lurette que je n’ai rien entendu de tel dans la bouche d’un responsable socialiste. Cela ne change en rien mes convictions, mais d’un coup je me suis senti moins seul.
J’ai vérifié ce qu’il en est dans les faits : depuis le début de son mandat à la tête de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand a fait passer le budget de la culture de 70 millions à 100 millions d’euros – soutien à la création, démocratisation de l’accès à la culture et à l’éducation artistique, valorisation du patrimoine, accent mis sur la photographie, et bien sûr, éloge de la décentralisation culturelle, son credo politique – toute la panoplie est déployée, même si tout ne marche pas aussi bien qu’annoncé. Mais l’intention y est.
Notons qu’en ce domaine, il n’est pas le seul ; dans l’ensemble, les régions de gauche, de l’Aquitaine au Centre Val-de-Loire, de l’Occitanie à la Bretagne, et plusieurs régions de droite, à l’exception notable de Rhône-Alpes et des Pays de la Loire, font de même. Mais tenir un discours ferme en cette époque sur la culture, surtout lorsque l’on souhaite être candidat à l’élection présidentielle, méritait d’être souligné. À bon entendeur, salut !



