François, le réformateur entravé
Il a tenté de moderniser l’Église avec notamment des réformes sur les divorcés, les homosexuels et les abus sexuels perpétrés par des clercs. Il n’a pas su embarquer la curie mais il a nommé à sa main la plupart des 135 cardinaux qui, en conclave, choisiront le nouveau pape.
Par deux fois, il avait reçu le sacrement des malades et à deux reprises, les médecins ont craint qu’il ne décède. Il avait réussi à remonter la pente mais était resté très affaibli par sa double pneumonie qui l’empêchait de respirer, à peine réussissait-il à parler. Il était pourtant apparu le dimanche de Pâques au balcon de la basilique Saint-Pierre d’où il avait béni la foule des fidèles venue le saluer en ce jour de résurrection du Christ, le plus important de l’année pour l’Église catholique. Il a attendu le lendemain, lundi de Pâques pour s’en aller. Le Pape François est décédé alors qu’il était bien décidé à continuer à exercer jusqu’au bout son magistère jusqu’à vouloir recevoir le vice-président américain J.D Vance à la veille de sa mort.
Jusqu’à son dernier souffle, il n’a rien lâché de son pouvoir qu’il a exercé de façon autoritaire et solitaire, peinant à embarquer à ses côtés les évêques et les 135 cardinaux. Au point qu’il a pris soin de remplacer ceux-ci par des plus proches de lui et de sa philosophie, eux qui seront amenés à voter en conclave pour le nouveau pape.
Originaire d’Amérique Latine, ce jésuite prônait la décentralisation de l’Église et intimait aux prêtres l’ordre de sortir de chez eux pour aller dehors, à la rencontre des pauvres et des malheureux. Il s’élevait contre les ors et les usages traditionnels du Vatican, jusqu’à vivre dans un appartement de taille modeste loin de tout apparat. En cela, il n’a pas su se faire adopter par la curie qu’il a tenté sans succès de réformer en même temps que les finances du Vatican qu’il trouvait trop riches. Incapable d’obtenir un consensus, il n’a guère pu avancer sur de nombreux sujets où il avait pourtant donné l’espoir qu’il allait moderniser l’Église.
Avec Amoris Laetitia, il a tenté de réhabiliter les divorcés et les homosexuels mais a été entravé dans l’exécution de son projet. Il a aussi pleinement pris conscience des violences sexuelles perpétrées au sein de l’Église mais n’a pas réussi à les faire sanctionner à leur juste mesure.
Sa plus belle réalisation restera l’encyclique Laudato si sur « l’écologie intégrale » où, pour la première fois, un pape a publié un texte sur l’environnement qui a eu des répercussions dans le monde entier.
Après lui, le Vatican aimerait faire nommer un pape italien, Matteo Zuppi, 69 ans, un proche du pape François et de la communauté de Sant’ Egidio qui prône la paix dans le monde et s’affaire pour sauver et recueillir les migrants originaires des zones de guerre, Ukraine, Syrie, Afghanistan. Mais d’autres noms circulent comme celui d’un autre italien Pierbattista Pizzaballa, 60 ans, franciscain, ou encore le suédois Anders Arborelius, évêque de Stockholm.
A 88 ans, le pape François laisse une Église profondément affectée par les scandales sexuels, jusqu’à la récente révélation selon laquelle elle connaissait les exactions de l’Abbé Pierre depuis les années 1950 sans les avoir divulguées. Mais il peut se féliciter d’avoir laissé filtrer un courant de modernité que d’autres que lui pourront perpétuer. Ce dimanche de Pâques 10 384 adultes et plus de 7 400 âgés de onze à dix-sept ont été baptisés en France, une hausse de 45 % qui constitue un record et qui, veut croire l’Église, est un signe d’un regain de spiritualité.



