La Fête de l’Inimitié

par Laurent Joffrin |  publié le 14/09/2025

Changée en exutoire de la vindicte insoumise, la Fête de l’Humanité a démontré que toute union est impossible avec les mélenchonistes. Dès lors le PS doit en tirer toutes les conséquences.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Au vrai, il n’y a eu ni fête ni humanité. Olivier Faure n’a pas encore dit un mot qu’il est hué par un public haineux, noyauté par LFI. Un dénommé Clouet, obscur député mélenchoniste délégué à un débat « unitaire » où les divisions se sont étalées, accuse les socialistes de « glisser dans l’union bourgeoise » et dénonce les « contre-budgets capitulards », alors que la négociation, justement, est le seul moyen concret et immédiat de faire dévier la politique macronienne.

Mélenchon propose une « offre fédérative » qui ne fédère personne. Roussel refuse la primaire demandée par ses partenaires et les prend à revers en affirmant qu’en Ukraine, ce ne sont pas les Russes qui ont attaqué. Quant à Marine Tondelier, telle un coucou détraqué qui sort de sa boîte en donnant toujours la même heure, elle prend son ton le plus péremptoire pour proclamer l’union quand c’est la désunion qui s’étale sous ses yeux, plus soucieuse de conserver l’appui de LFI que de s’occuper d’écologie. Sa veste nous rend tous daltoniens : elle semble vert pomme, alors qu’elle est rouge vif.

La gauche ressemble en fait à ces couples qui ne peuvent plus s’entendre mais refusent de divorcer par peur du quand-dira-t-on. La vérité, c’est que Mélenchon, craignant de voir son hégémonie sur la gauche lui échapper, veut exécuter le PS après l’avoir condamné pour une traîtrise imaginaire. Il est des moments où il ne sert à rien de vouloir recoller des morceaux qui ne s’emboîtent plus. À quoi bon jouer la comédie de l’union quand elle ne repose plus sur rien, sinon la vague nostalgie d’un passé révolu ?

On remarquera, d’ailleurs, que les socialistes ont commencé à se refaire la cerise quand ils se sont séparés de LFI qui s’enfermait dans le sectarisme. Ils n’auraient aucun avantage à épouser le maximalisme de la gauche radicale et à se joindre à elle pour provoquer une dissolution. De nouvelles élections législatives ne peuvent aboutir qu’à deux résultats : une nouvelle chambre introuvable, ou bien une victoire du RN. Est-ce l’intérêt du PS ? Et surtout, est-ce celui du pays ?

Laissant les chiens aboyer, rouges ou verts, les socialistes doivent négocier un nouveau budget. Si les macronistes restent butés sur leurs dogmes, il sera temps de les censurer. Mais s’ils sont contraints à des concessions appréciables pour les classes défavorisées, le PS devra mettre en valeur ces trophées et se préparer aux échéances électorales normales, fort de ses acquis.

Alors, dans un an et demi, la vraie explication aura lieu : celle de la présidentielle. Face à Mélenchon, il faudra désigner un candidat clairement réformiste, qui fasse le poids et défende un programme de redressement du pays dans la justice. La voie est étroite ? Certes, mais c’est la seule qui puisse mener à une victoire de la gauche. Tout le reste est illusion, sectarisme et vocifération.

Laurent Joffrin