Mélenchon, le boulet

par Laurent Joffrin |  publié le 02/10/2025

L’enquête IFOP parue en milieu de semaine montre que dans une présidentielle, la gauche démocratique n’a plus besoin de la secte mélenchoniste pour réunir les électeurs progressistes. Délivrée de cette entrave, elle peut retrouver espoir.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Deux nouvelles de l’Union de la gauche chère à Marine Tondelier. Hier à Paris, Olivier Faure vient apporter son soutien à la mobilisation syndicale. Les militants LFI le traitent de « collabo », insulte infâme qui en dit long sur l’imaginaire des Insoumis : ils assimilent le PS au pétainisme parce qu’il a cessé de leur obéir comme un toutou.

Le même jour, Jean-François Coulomme, député LFI, affirmait sur les réseaux que les otages dont il fallait se soucier n’étaient pas les Israéliens enfermés dans des tunnels depuis deux ans par le Hamas, mais bien les passagers de la flottille propalestinienne qui prétend briser le blocus de Gaza et qui arriveront tout juste à se faire expulser par les autorités israéliennes sans risquer le moindre dommage physique. Insanité honteuse qui met sur le même plan un martyre de deux années avec les quelques jours passés sous la garde des Israéliens par les militants radicaux de la flottille. Il est vrai que leur personne est infiniment plus précieuse que celle des otages israéliens, manifestement ravalés au rang d’humanité de seconde zone…

Voilà les gens avec qui Marine Tondelier – et quelques autres éminences de la petite gauche – continuent de vouloir s’allier au nom de sordides calculs de sièges. Ce qui nous renvoie au sondage de l’IFOP publié en milieu de semaine et commenté dans LeJournal.Info par Valérie Lecasble et dénoncé à son de trompe par Jean-Luc Mélenchon. C’est une constante de la rhétorique mélenchonienne : quand sondage mauvais pour LFI est toujours truqué. S’il est bon, c’est qu’il est fiable, serait-il effectué par les mêmes sondeurs selon les mêmes méthodes. Vérité en deçà des dogmes insoumis, erreur au-delà.

Il ne faut donc accorder aucune attention aux protestations de Jean-Luc Mélenchon contre l’enquête de l’IFOP. Si elle suscite une telle ire, c’est qu’elle est crédible. Qu’annonce-t-elle ? Un espoir pour la gauche, ni plus ni moins. Il apparaît en effet que le candidat de la branche sociale-démocrate, Raphaël Glucksmann, se retrouve nettement devant le leader de la France insoumise au premier tour de la présidentielle, et, surtout, si ces intentions de vote de confirment, qu’il a une chance de figurer au second tour face à Marine Le Pen. L’IFOP le place en effet à un point d’Édouard Philippe dont l’étoile commence à sérieusement pâlir.

Ainsi se voit confirmée, si les enquêtes suivantes vont dans le même sens, la thèse que nous défendons depuis la fondation de notre journal : seul une candidate ou un candidat issu de la social-démocratie est en mesure de gagner la présidentielle pour la gauche, pour la simple raison qu’elle ou il retrouve l’électorat socialiste traditionnel en ramenant au bercail les Français un (long) temps séduits par le macronisme. Dans ces conditions, nul besoin d’une alliance contre nature avec la secte LFI : le courant socialiste est fort capable de mener seul la gauche à bon port. D’autant qu’un autre sondage, dans Le Figaro, confirme que dans un second tour, Mélenchon serait ratatiné par le RN. Il était le partenaire encombrant des partis de gauche. Il est désormais leur boulet.

Néanmoins, la route de cette gauche du réel reste semée d’embûches. Dans le même sondage IFOP, Mélenchon est toujours un ou deux points au-dessus du niveau qu’il atteignait avant la présidentielle de 2022, où il a obtenu un score de 20%. Ainsi il ne suffit pas de retrouver un espace politique. Il faut aussi se préparer à affronter en campagne un redoutable orateur solidement appuyé sur le socle de 10 à 12% dévolu à la gauche radicale et que le talent de Mélenchon peut dépasser en jouant une nouvelle fois la carte du vote utile. Épreuve de vérité pour tout candidat réformiste, à qui il reviendra de rétablir la gauche démocratique en France en faisant mordre la poussière à un démagogue imaginatif et aguerri.

Laurent Joffrin